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Ça (film) - Kiss by surprise (2/5)
Wow, je savais pas du tout en commençant cette fic que j'allais prendre cette direction, c'est fou hein. A la base, c'était censé faire deux chapitres, mais...
Bon là je mate Ocean's Eight avec son casting de folie donc j'écrirais la suite plus tard
Premier chapitre là
Premier chapitre là
Et en effet, au grand étonnement de Richie, qui redémarrait lentement son existence solitaire depuis quelques jours avec les difficultés d'une vieille voiture à la batterie fragile, Eddie l'appela.
Richie décrocha avant même la deuxième sonnerie, abandonnant son ordinateur devant lequel il planchait depuis plus d'une demi heure à la rédaction d'un nouveau sketch entièrement rédigé par ses soins.
« Quoi de neuf Spaghetti ? »
- J'ai niqué ta mère.
La surprise coupa Richie dans ce qu'il allait dire et il explosa de rire au téléphone, plié en deux.
« Tu te rends compte » continua Eddie en dépit que Richie l'entendait à peine « que le summum de l'humour pour toi c'est ça ? Comment tu as fait pour devenir célèbre dans la comédie, ça m'échappe. »
- J'ai fait comme tout le monde, pouffa Richie en essuyant ses larmes sous ses lunettes. J'ai sucé pour réussir.
- Oh Seigneur !
- Comment ça va sinon ?, demanda Richie en se dirigeant vers sa cuisine. Ta femme s'occupe bien de toi, tu te fais chouchouter ?
- On peut dire ça, marmonna Eddie, précautionneux. Et toi, tu vas bien ?
Richie vira les canettes de bière vides qui étaient sur la table et soupira. Il n'avait pas envie d'avoir cette conversation avec Eddie – ni avec personne d'ailleurs.
- Je fais aller. Mais c'est pas moi qui ait été transpercé par un monstre.
- Je vais bien. Myra se charge de tout, elle a pris un congé de son travail. Elle veille à ce que je prenne tous mes cachets, que je fasse mes exercices, et on a des soignants qui viennent à la maison. Elle...
Il baissa d'un ton, comme si c'était un secret et Richie tendit l'oreille.
- Elle a fait installer des appareils dans ma chambre qui surveillent ma tension, mon rythme cardiaque, ce genre de trucs, pendant que je dors. C'est...assez flippant, mais je ne peux pas lui en vouloir, je veux dire...je sais qu'elle panique un peu, même si elle essaye de ne rien laisser paraître. J'ai bien failli y passer et...
- Je sais !, le coupa sèchement Richie, la boule au ventre.
Il y eut un silence. Richie se pencha sur l'évier, attendant avec angoisse la nausée arriver.
Il n'y avait rien et il se redressa.
- Je me rappelle, haleta-t-il. J'étais là putain, je me rappelle.
- Mais elle non ! C'est encore pire, essaya de défendre Eddie. De s'imaginer que j'aurais pu mourir sans qu'elle le sache.
Richie émit un bruit, entre le gargouillis et le ricanement. Il sentait son fiel près de déborder.
- Tu crois que c'est plus facile d'être là à te regarder crever sans rien pouvoir faire ?
- Qu'est-ce que tu as ?, marmonna Eddie, désarçonné. T'as marché dans une merde de chien ou quoi ?
- Tant mieux si tu vas génialement bien et que ta vie est un putain de rêve éveillé et que ta merveilleuse femme te fait des petits gâteaux de bons rétablissement QU'EST-CE QUE J'EN AI A FOUTRE ?, s'écria rageusement Richie tout à coup.
Il raccrocha au nez d'Eddie. Puis il se rendit compte de ce qu'il venait de faire et ses mains se mirent à trembler.
Le téléphone vibra entre ses doigts et il sursauta si fort qu'il le laissa tomber.
C'était Eddie qui rappelait.
Il se pencha et ramassa l'appareil. Il hésita un instant avant de décrocher.
- VA TE FAIRE FOUTRE ! VA TE FAIRE FOUUUUUUTRE !!!, hurla Eddie à plein poumons. Je t'emmerde ! JE T'EMMERDE, TOZIER !
Richie pouvait entendre la voix de Myra dans le fond, qui demandait qu'est-ce qui se passait. Il voulut répondre, même s'il ne savait pas exactement comment, rappeler à Eddie qu'il était celui qui l'avait porté hors de l'antre du monstre, lui qui l'avait pleuré dans l'ambulance tandis que les infirmiers essayaient de le ranimer. Lui encore qui avait dormi sur une paire de chaises dans la salle d'attente de l'hôpital dans ses vêtements puants les égouts pour être le premier à savoir si Eddie allait vivre ou non.
Toutefois Eddie ne lui en laissa pas le temps. Eddie raccrocha après avoir vociféré ce qu'il avait à dire.
Richie était au trente-sixième dessous après ça.
Le manager Steve Covall aimait son métier. Il se sentait valorisé et apprécié car il était compétent dans ce qu'il faisait, ce qui lui laissait espérer une promotion au sein de Schuller Talent dans quelques années si tout allait bien.
Son travail consistait à dénicher des acteurs talentueux, et à les convaincre qu'il était dans leur intérêt de laisser Steve s'occuper de leur carrière à leur place, puis de la plupart de leurs besoins quand ils devenaient suffisamment célèbres pour nécessité une maintenance accrue.
Ainsi, Steve était le manager de Richier Tozier depuis bientôt trois ans et il était armé pour faire face à n'importe quelle situation. C'était sa fierté : il ne se laissait jamais surprendre.
Puisque Richie avait de nouveau cessé de répondre à ses appels, il prit sa voiture et fonça à son appartement.
Avec Richie, ils avaient vécu de nombreux coups durs. Mais Steve était habitué : tous les acteurs qu'il a connu étaient au fond des gens très malheureux qui faisaient conneries sur conneries. Son but à lui, c'était de limiter la casse afin qu'ils continuent à faire de l'argent. C'était une manière cynique de voir les choses, mais il ne pouvait pas se permettre de penser autrement. Le milieu n'était pas fait pour se faire des amis, et sous ses strass et ses paillettes, tout ce qu'il restait au fond, c'était les investisseurs.
Il s'inquiétait pour Richie, comme un jockey s'inquiète pour sa monture avant une course. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas Richie : il l'appréciait, il le trouvait parfois amusant, et la plupart du temps il était plutôt docile car il faisait confiance à Steve pour gérer ses contrats. Ce qui ne l'empêchait pas de faire aussi des âneries, comme de s'enfuir en plein milieu de sa tournée pour rejoindre des amis dans le Maine faire Dieu sait quoi.
Steve n'avait pas le temps pour les détails. Quand Richie était revenu, il avait dit qu'il était à l'hôpital et Steve n'avait pas cherché à en savoir plus. Il n'était pas payé pour s'attacher à Richie Tozier et s'inquiéter de sa vie personnelle, sauf si elle risque d'impacter sa carrière. Il lui avait donc juste demandé ça, et Richie avait dit que c'était résolu, qu'il était prêt à remonter en selle.
Hélas, et en cela Steve s'en voulait, il semblerait que ce soit un peu tôt pour Richie. Tout en suivant les directives de son GPS, Steve se promit de ne pas brusquer Richie pour qu'il reprenne le travail. S'il avait besoin de temps pour se remettre, bien sûr, il faudrait annuler des spectacles, mais ils pouvaient gérer. Les médias allaient en parler et ça leur ferait de la publicité.
Il était convaincu que tout allait s'arranger.
Il commença à douter quand Richie lui ouvrit la porte.
- Oh bordel, qu'est-ce qui t'es arrivé ?
Le comédien gratta sa barbe en plissant les yeux derrière ses lunettes de myope aux verres couverts de traces de doigts :
- J'ai ptête...un peu trop picolé ces derniers jours.
- Putain, grommela Steve en le poussant pour entrer dans l'appartement.
Celui-ci ressemblait à une décharge – pour Steve, qui aimait que tout soit propre et bien rangé. Il y avait une pile de boîtes de pizzas et des canettes vides sur la table basse, ça sentait le renfermé et les rideaux étaient tirés. Il faisait chaud aussi.
- La clim' est cassée, indiqua Richie en voyant Steve s'essuyer le front.
- Ça pue ici, commenta Steve en ouvrant vivement rideaux et fenêtre.
Richie poussa un grognement de bête en reculant dans l'ombre comme si la lumière soudaine dans l'appartement l'incommodait. Il cligna plusieurs fois des paupières en baissant finalement le bras qu'il avait porté devant son visage pour se protéger.
Steve remarqua des traces de poudre blanche sur la table mais fit mine de l'ignorer.
- Écoute Richie, je suis pas ta mère, mais tu ne peux pas continuer comme ça.
- Et pourquoi pas ?, susurra Richie d'une voix fatiguée.
A la lumière du soleil, il avait l'air en pire état : il avait les yeux rouges, le teint blafard et clairement besoin d'une douche.
- Pourquoi t'arrive pas à prendre un peu soin de toi putain ?, s'agaça Steve. Pourquoi il faut toujours que tu me forces à te botter le cul pour ça ? C'est pas mon job, merde !
- C'est ton job, le contredit Richie en allant s'effondrer dans son canapé – un modèle en cuir à 1500 dollars que Steve rêvait de pouvoir s'acheter.
C'était injuste, ce type était un déchet, comment faisait-il pour gagner autant d'argent ?
- Alors, il s'est passé quoi ?
Richie alluma la télé mais coupa le son en se rendant compte que le bruit l'agressait, déclenchant des pics de douleur dans son crâne.
- Rien.
- Va te faire ! Si tu veux que je t'aide, il faut au moins que je sache contre quoi je me bats. Alors dis-moi, tu t'es fait largué par une meuf draguée en ligne ? T'as croisé une ex à une fête et elle s'est remise avec quelqu'un ?
- Pourquoi toutes tes suggestions sont...à propos de meufs ?, grogna Richie en se cachant les yeux avec un bras, les jambes étendues dépassant de l'accoudoir du canapé.
- C'est un mec alors ? T'as couché avec un type et il t'a pas rappelé, c'est ça ? siffla Steve T'as toujours été un foutu cœur d'artichaut, Richie. Il suffit que quelqu'un dise sur Twitter que t'es un minable et tu te sens obligé de lui prouver qu'il a raison.
- Ça n'a rien à voir, marmonna Richie.
Steve s'appuya au dossier du canapé pour le regarder, penché sur lui.
- Ton vrai problème, ça a toujours été l'affectif.
Richie se redressa pour le fusiller du regard.
- C'est pas comme si tu pouvais comprendre, hein, cracha-t-il avant de s'asseoir pour lui tourner le dos.
Les mains de Steve se posèrent sur ses épaules pour le ramener contre le dossier, et il commença à le masser doucement, comme cela lui arrivait souvent quand il sentait Richie sur le point d'imploser.
Richie ferma les yeux. C'était seulement maintenant qu'il s'en rendait compte, mais Steve ressemblait un peu à Eddie, physiquement et en terme de caractère. Il était évident à présent qu'il avait un type. Le genre propre sur lui, petit, brun et sec, obsédé par les règles, l'hygiène et le rangement.
- Je respecte, déclara Steve en appuyant fermement sur ses muscles noués. J'ai pas envie que tu nous coules, c'est tout. Alors si tu as besoin de quoique ce soit – de repos, de temps pour réfléchir, ou pour écrire tes propres textes, je sais pas, mais peu importe, c'est d'accord. Seulement ne fait pas tout foirer en jouant les dramaqueens de mes deux.
- J'ai merdé dans les grandes largeurs, souffla Richie.
- J'avais cru remarquer, répliqua Steve en faisant rouler la peau de la base de son cou entre ses doigts.
Sa voix, en revanche, n'avait rien de commun avec celle d'Eddie. Et Richie ne ressentait pas pour Steve un centième de ce qu'il éprouvait pour Eddie. Ça n'avait rien à voir.
Steve était bien des choses pour Richie, des choses très précieuses, mais certainement pas son ami.
- Si ta chambre n'est pas dans l'état de ton salon, on peut tirer un coup rapide avant que je t'aide à nettoyer, proposa Steve.
C'était agréable. D'être pris en charge, comme un gosse qui n'a pas besoin de prendre de décision. Richie était un velléitaire de nature, trop facilement distrait pour rester focalisé longtemps sur un objectif. Il se laissait porter, tout en indiquant une direction générale, et s'il en changeait en cours de route, ça n'en était que plus amusant.
Jusqu'à maintenant, Richie ne s'était jamais soucié des conséquences de ses actions. Bonnes ou mauvaises, il pourrait toujours faire ce qu'il aimait, il pouvait le faire n'importe où, n'importe quand. Tant qu'il y avait du monde, tant qu'il y avait du public, il savait qu'il pouvait faire son trou, il savait qu'il les ferait rire quoiqu'il arrive.
Mais avec Eddie, c'était différent. Il savait qu'il ne pouvait pas se permettre de le perdre. Ça faisait mal. Ça l'empêchait de dormir, ça le rendait anxieux, malade. Ça le démoralisait complètement et il n'avait qu'une envie, se traîner à ses pieds pour lui demander pardon.
Il ne le ferait pas cependant, parce qu'il avait l'intuition que ça ne réglerait rien. Ce serait juste étrange et embarrassant.
De toute façon il ne pouvait pas faire ça au téléphone.
- OH !, lâcha Richie en ouvrant soudain les yeux.
Il se leva, comme monté sur ressorts, et ignora le vertige qui le saisit, se précipitant vers la salle de bain.
- Hey ? Richie ?
- Je dois aller à New York. Prends-moi un billet, tu veux bien ?, demanda Richie à travers la porte tandis qu'il se déshabillait.
- Pour quand ?
- Ce soir.
Steve commença à jeter les canettes et les boîtes de pizza dans des sacs poubelle. Il ramena l'ordi portable de Richie de sa chambre – en bazar – et s'installa dans le salon nettoyé. Il entama les recherches sur le site de l'aéroport de L.A.
- Le retour ?
Richie se figea. Il jeta un coup d’œil dans le miroir. Il avait vraiment une gueule de déterré.
- Je sais pas encore.
- Okay, répondit Steve du tac-au-tac. Je t'ai pris le vol de nuit de 22h45, et je te fais une réservation dans un hôtel. Je suppose que t'auras pas de bagages ? J'ai pas mis de bagages. La chambre a un lit king size, au cas où tu voudrais t'amuser. Pas de drogue Richie, j'ai viré la poudre que j'ai trouvé dans ta cuisine.
- Oh fils de pute !, siffla Richie.
Steve esquissa un sourire narquois.
- Je t'interdis de parler de ma mère.
Je sais pas encore ce qu'il va se passer quand Richie sera à New York. Je sais pas du tout comment ça va se passer avec Myra. J'aime bien écrire le personnage de Myra, c'est pas un personnage très exploité, y compris dans le film d'ailleurs, ce qui est normal car elle est tertiaire, et surtout les auteurs de fics ne l'aiment pas, ce que je peux comprendre - moi non plus j'aime pas trop Myra dans la bouquin, et puis j'aime pas qu'elle casse mon ship, comme tout le monde.
J'ai pas envie d'écrire Eddie qui la jette comme une serpillière, voyez ?