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[personal profile] andysss
Titre : Ligature
Rating : Mature (pour thématiques dérangeantes)
Avertissements : Alcoolisme, Underage (éventuellement Abus de confiance), et bien sûr, Body Horror
Genres : Horreur (et un soupçon de romance)
Nombre de mots : 1992
Commentaires : Ecrit pour le défi d'Halloween des kinks horribles, sur le thème "Body horror".
L'histoire se déroule dans un monde qui ressemble au nôtre, mais qui ne l'est pas, faites bien attention.



Il était en train de changer.
Il savait bien qu'il était à une période où son corps était censé changer, mais jamais il ne se serait attendu à ça.
Il se trouvait dans la salle de bain, devant le lavabo ; il devait s'agripper, les mains crispées sur le rebord en émail, encore sous le choc. Il avait le tournis et ses genoux tremblaient, menaçant de le lâcher.
Il se dévisagea dans la glace, essayant de trouver dans ses yeux une quelconque réponse à ce qui lui arrivait. Et surtout ne pas regarder la source de ses angoisses.
Ça avait poussé durant la nuit. Le soir, en allant se coucher, c'était normal. Son entrejambe n'avait rien de particulier ; il n'y avait pas prêté plus attention que d'habitude. C'était juste un endroit comme un autre, même pas le plus sensible. Sa peau était lisse et douce, sans imperfections.
Et maintenant il y avait cette chose qui pendait entre ses jambes. C'était comme une espèce de grappe obscène, une sorte de tige à demi rigide dont le bout rouge et enflé pulsait comme de la chair à vif. Il n'osait pas y toucher car rien que la sensation de son caleçon dessus avait suffit à le réveiller. C'était désagréable.
En dessous de l'espèce de tige, il y avait deux petites boules recouvertes de peau tendue. Ça tirait comme si c'était gonflé.
Était-ce ça la puberté ? Ou bien était-il simplement malade ? Peut-être était-ce une tumeur...
Il devrait demander à son père, mais il avait trouvé celui-ci ivre mort sur le canapé du salon.
Il craignait sa réaction.
- Isaaaac, tu as bientôt fini ?
La voix d'Alec le fit sursauter. Il remit précipitamment son caleçon. L'humiliation lui brûlait les joues. Il se força à jouer la comédie habituelle du grand frère agacé par les simagrées de son jeune frère :
- C'est bon, fous-moi la paix !
- Mais ça va faire une demi heure ! Moi aussi j'ai cours. Et je ne veux pas arriver en retard !, se plaignit le cadet en appuyant sur la poignée à plusieurs reprises pour tenter d'ouvrir.
Heureusement, Isaac avait pris soin de fermer à clef ; il frémit pourtant d'appréhension à l'idée de ne pas avoir verrouillé correctement. La peur rendit sa colère plus crédible.
- Dégage, sinon tu vas voir quand je sortirai !
Alec donna un coup de pied dans la porte et ses pas s'éloignèrent enfin.
Dans la salle d'eau, l'adolescent soupira de soulagement, reprenant progressivement son calme. Il déglutit et jeta un nouveau coup d’œil à son reflet, furtivement, dans le miroir de l'armoire à pharmacie.
Il ne pouvait en parler à personne.


A l'école, il eut toutes les peines du monde à le cacher.
Il portait un sweat à capuche trop grand – comme la plupart des vêtements que leur achetait leur père, afin qu'ils durent plus longtemps. Ça cachait efficacement la bosse dans son pantalon, mais ça ne changeait rien à son inconfort, en particulier lorsqu'il était assis.
Quand les filles se retournaient en gloussant sur lui, il avait l'impression qu'elles savaient. Et pourtant, il était habitué à attirer leurs regards. Il aimait même plutôt ça avant...
Un petit mot atterrit sur sa table pendant le cours de littérature anglaise. Il le déplia fébrilement, l'esprit à mille lieues de là.
001
Il leva le nez pour regarder l'expéditrice du message ; elle était tournée vers lui, guettant avec intérêt sa réaction. Jolie. Il y a de çà une semaine, il aurait écrit un « oui » enthousiaste en réponse.
Lorsqu'elle s'aperçut qu'il la voyait en train de l'observer, elle retourna immédiatement son attention sur le tableau, et par conséquent, sur le prof, qui était en train d'y écrire les questions que la classe devrait travailler à la maison.
- A quoi s'apparente le réalisme de l'absurde chez Kafka dans La Métamorphose ?, déclara M. Jester en faisant crisser la pointe de son feutre véléda sur le tableau. Comment Kafka met-il en scène l'intrusion du surnaturel dans le quotidien et en quoi est-ce que cela rend le texte inquiétant ?
Isaac sentit son estomac se nouer et quelque chose se mit à tressaillir dans son bas-ventre, l'empêchant de se concentrer.
La voix de son prof de littérature était apaisante comme le bruit des vagues.


M. Jester lui demanda de venir à le voir à la fin de l'heure. Il le faisait relativement souvent, mais pas suffisamment pour que les autres le remarquent.
Isaac resta assis à sa table tandis que la salle se vidait. Les autres s'empressaient de sortir, et bien qu'il sache que c'était parfaitement normal, il ne pouvait s'empêcher d'y voir une sorte de mauvais présage. Comme s'il était une sorte de pestiféré.
Enfin, quand tout le monde fut parti, il se leva, son sac sur l'épaule, et rejoignit à pas lents le bureau sur l'estrade.
Elijah Jester le contemplait comme s'il était un puzzle intéressant à résoudre. Ses yeux bleus semblaient emplis de compréhension, et, tout à coup, l'adolescent paniqua.
Il ne voulait pas qu'il devine. Il n'était pas préparé à l'affronter.
- Tu avais l'air distrait aujourd'hui, entama le prof en baissant le regard sur un tas de copies qu'il fit mine de ranger, afin de laisser au garçon le temps de formuler une réponse concise.
- Je vais bien, marmonna l'adolescent dans sa barbe.
- Si ce n'était pas le cas, tu sais que tu peux venir me voir quand tu veux pour m'en parler...n'est-ce pas Isaac ? Tu sais que je serais toujours là pour toi si tu as besoin.
Le cœur du garçon se serra, en même temps que la tumeur entre ses cuisses se remettait à palpiter. Il la sentit se presser contre le tissu de son sous-vêtement. Ses joues s'embrasèrent.
En réaction, il pressa ses genoux l'un contre l'autre.
- Tout va très bien je te...vous dis !
Sa voix était hachée, sa respiration lourde. Elijah voulut lui prendre la main, l'air concerné, mais Isaac quitta précipitamment la salle comme on s'enfuit face au danger, courant presque dans le couloir pour échapper au mal être qu'il sentait grandir.
La chaleur de son corps était devenue quasi insoutenable.
Il était en train de changer, pour sûr. En quoi, il aurait bien aimé le savoir.


Le trajet en bus pour rentrer lui avait semblé immensément long. Il avait le sentiment pesant que tout le monde pouvait deviner ce qui lui arrivait.
Un peu avant de s'en aller, il s'était isolé dans les toilettes de l'école pour vérifier quelque chose : la tumeur exhalait bel et bien une odeur particulière, gênante et très présente. Non pas de décomposition comme il s'y serait attendu, mais un parfum musqué, animal, un peu comme de la sueur, en plus fort et en plus désagréable.
Il l'avait pourtant bien nettoyé à l'alcool pour être certain que ça ne s'infecte pas. Toutefois il ne s'agissait pas d'une plaie purulente. C'était autre chose, qu'il ne connaissait pas, qu'il ne comprenait pas, et qui lui faisait peur, instinctivement. Cette excroissance n'avait pas sa place ici.
Il craignait ce que cela pouvait révéler sur lui, sur ce qu'il éprouvait. Sur ce qu'il avait fait qui avait provoqué ça, quelque chose de mal, d'interdit...
Il avait pleuré jusqu'à trouver le courage de se lever et de sortir de l'école. Ça n'avait pas été facile.
Dans le bus, c'était comme si, à peine monté dedans, tous les regards convergeaient vers lui. L'accusaient.
Une femme avec une poussette grimpa à sa suite, et elle grimaça en se faufilant près de lui.
Il avait envie de vomir, serrant son sac en bandoulière de sorte que celui-ci retombe contre son ventre, cachant ainsi comme il le pouvait la bosse légère à son entrejambe.


Le soir venu, son père toqua doucement à sa porte. Comme le garçon ne répondait pas, il entrouvrit.
Il paraissait sobre, pour ce qu'Isaac pouvait en juger.
- Tu es malade ?, demanda-t-il, bourru.
Il y avait à la fois de l'inquiétude et de la désapprobation dans le ton qu'il employa. Le garçon savait, avec une froideur distante, que s'il parlait de son problème, il aurait de graves ennuis.
C'était sa faute, il l'avait bien cherché. Il avait transgressé les règles et il payait pour ça.
Et si son père l'apprenait, il ne pourrait plus jamais le regarder en face. Il ne voulait pas être une énième déception à rajouter à la liste.
Il répondit calmement :
- C'est rien, ça va passer.
- Tu as manqué les cours de l'après-midi, aujourd'hui, grogna son père. Ils ont laissé un message sur le répondeur...
Il donna à l'adolescent le temps de se justifier, mais comme celui-ci ne disait rien, il soupira sans insister, trop conscient qu'il y avait quelque chose, mais sans savoir quoi.
- Bon. Essaye de descendre pour manger un peu plus tard. Je vais te laisser de la soupe dans le micro-onde...
Il referma lentement derrière lui, abandonnant son fils à ses réflexions torturées sans poser davantage de questions.
Il ne se sentait pas assez concerné pour creuser.


Le lendemain, il fallait bien qu'Isaac se lève. L'espoir qu'il avait eu de se réveiller en parfaite santé s'évanouit dès la stridulation de son portable sur la table de nuit.
C'était toujours là, dur et humide entre ses cuisses moites, tendu contre son caleçon en toile de tente. Ça palpitait, comme doué de vie propre, et soudain il pensa à une sorte de parasite qui aspirerait son sang. L'idée le fit rire nerveusement et il se sentit pâlir d'apeurement.
Il devait en parler à quelqu'un, il n'avait plus tellement le choix.
Mais il avait si honte...


Néanmoins, il se sentit un tantinet plus léger en confiant son problème. Il n'était plus seul à devoir le porter sur ses épaules à présent.
Toujours grave, Elijah retira ses lunettes.
- Peux-tu me montrer ?
Isaac hocha la tête. Il dézippa sa braguette tandis que le professeur allait fermer la porte de la salle.
Par la fenêtre, malgré les stores baissés, on pouvait entendre très nettement le chahut de la cour.
Le jeans de l'adolescent tomba à ses chevilles et Elijah sursauta au bruit. Il se retourna, la clef dans la main. Un éclair passa dans son regard.
Isaac se lécha les lèvres.
- J'ai peur...un peu, murmura-t-il. Je ne sais pas quoi faire.
Elijah s'agenouilla devant lui, les yeux levés.
- Je suis désolé.
Il n'y avait pas une once de remords dans ses yeux. Mais une vraie tristesse pour la perte d'innocence qui résultait de leurs agissements.
- Est-ce que...est-ce que c'est grave, dis ?, interrogea Isaac.
Les doigts longs et fins glissèrent sur sa peau brûlante, chassant l'angoisse, enfin.
- Tu grandis, c'est naturel. Nous vivons tous cela un jour. Cependant cela reste très...privé, admit l'adulte tout bas. Je n'aurais pas dû...te pousser. J'ai fait s'accélérer le processus...
- Non !, interrompit Isaac, écarlate mais soudain plus assuré.
Elijah le dévisagea sérieusement, la bouche entrouverte. Cette bouche qu'il aimait embrasser, encore et encore, jusqu'à en demeurer essoufflé.
L'adolescent enlaça sa nuque et le pressa maladroitement contre son ventre, avec tendresse. Elijah posa sa joue contre son nombril. C'était doux. C'était réconfortant. C'était l'oubli du péché dans l'affection simple qu'ils se portaient l'un à l'autre – de ça, Isaac en était persuadé.
- Je veux voir, chuchota – caché sous la solitude – Elijah. Et toucher...
Il prit une profonde inspiration, et supplia, supplia réellement, avec besoin, et sans dignité aucune :
- S'il te plaît, Isaac.
Le garçon frissonna. Pourtant il obéit à cet ordre implicite, tirant sur l'élastique de son sous-vêtement pour l'abaisser. Se soumettant au sacrifice de la chair, sur l'autel luxurieux des amours délictueuses qu'il entretenait avec son professeur de littérature.
Il était responsable de leur situation, de son état, après tout. Et maintenant c'était trop tard pour arrêter.
S'il en avait eu seulement envie...ce qui n'était pas le cas.
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