Gotham (TV) - Incubus 3/3
Jan. 1st, 2018 10:46 pmTitre : Incubus (chapitre 3)
Fandom : Gotham (tv)
Rating : Explicite
Genre : UA, pron, surnaturel, romance slash
Pairing : Ed/Oswald
Nombre de mots : 4194
Commentaire : Bonne année à tous et toutes ! C'est enfin la fin de cette petite fanfic (qui mine de rien fait à présent 10 000 mots !).
Chapitre 2
De toutes les bibliothèques de Gotham, celle du centre-ville était la plus grandiose, et surtout la plus fournie. La bibliothécaire en chef était une drôle de femme, comme avait pu le constater Oswald, mais elle lui fut étonnamment d'une grande aide pour ses recherches.
Elle était versé dans l'art des énigmes, et lorsqu'Oswald lui indiqua – après quelques hésitations justifiées de par le contenu à connotation sexuelle de la requête – ce qu'il recherchait, elle ne s'en formalisa pas, bien au contraire. Elle s'enthousiasma immédiatement et s'attela à la compilation d'ouvrages qu'elle avait en réserve sur ce genre de thématiques – rêves, hypnoses, créatures surnaturelles. Ils passèrent la journée entière à recueillir des données dans des livres de plus en plus gros et poussiéreux, et le temps passant, Oswald commençait à se faire une meilleure idée de ce qui se tramait, sans pour autant avoir le moindre indice sur l'individu en question.
Il connaissait son surnom : Le Riddler. Il savait qu'il s'agissait d'un démon, et plus spécifiquement d'un incube, une créature qui se nourrit de l'énergie vitale d'autrui en ayant des rapports sexuels. Les incubes, à l'inverse des succubes, sont majoritairement mâles et doivent pénétrer leur victime pour aspirer leur énergie.
Toutes ces informations étaient plutôt horrifiantes : il était question de magie séductrice, de contrôle de l'esprit et de dévoration de l'âme. Même le symbole qu'il portait sur le torse était de mauvais augure : cela signifiait que l'incube allait revenir. Il l'avait marqué comme sien et comptait bien finir le travail en aspirant ses dernières forces. Oswald avait senti celles-ci l'abandonner à chaque fois qu'il voyait l'incube. Toutefois, il s'interrogeait, car cela faisait à présent trois semaines que la créature ne s'était plus montré. Est-ce que le Riddler lui laissait un peu plus de répit, pour qu'il puisse récupérer, et ainsi faire durer le repas plus longtemps ? Les habitudes alimentaires de ces créatures n'étaient décrites nulle part, car les ouvrages qu'il avait consulté étaient assez généralistes.
Il ignorait combien de visites le Riddler devait encore lui rendre ; tout ce qu'il savait était que les incubes ne lâchaient pas leur victime et les harcelaient jusqu'à ce qu'elle tombe raide morte.
Ce qui était bizarre, c'était que depuis trois semaines, Oswald avait retrouvé un peu d'énergie. Certes, il demeurait plus faible que d'habitude, mais ça allait en s'améliorant. Il n'était pas près de courir un marathon – de toute façon, avec sa jambe, ça ne risquait pas – mais il se sentait bien mieux que le lendemain de sa rencontre avec l'incube. Il aurait pensé qu'au contraire, son cas empirerait. C'était ce qui était décrit dans les livres. En cela, son expérience variait clairement de ce qu'il avait lu.
Le plus étrange, c'était que malgré tout ce qu'il savait, il n'était pas en colère contre la créature qui l'avait pris pour cible, bien au contraire ; plus il en apprenait, plus il était fasciné. Ce n'était pourtant pas dans sa personnalité de laisser quelqu'un profiter de lui ainsi. Il le savait, il savait que cela devait être dû à cette histoire de sortilège, mais il n'y pouvait absolument rien, il pouvait toujours s'en cacher, il mourrait d'envie de le rencontrer à nouveau.
Ce n'était pour le sexe, même si une part de lui en voulait plus. Ça n'aurait pas eu de sens pour lui si ça n'avait été que ça. Il avait besoin de son sourire, de sa voix, des mots tendres qu'il lui chuchotait à l'oreille et qu'il sentait sincère, d'être spéciale et unique dans ses yeux noirs qui scintillaient d'éclats verts comme des arcs électriques, des éclats de folie. Il voulait aussi lui rendre cette douceur, ce sentiment agréable, caresser son beau visage et dormir tout contre lui au creux chaleureux de sa poitrine. C'était une émotion viscérale, comme celle de faire partie d'une meute, d'une famille. Ce n'était pas de l'attirance, juste une évidence qui était là, tout simplement, le désir d'être sien, et qu'il le soit également.
Le soleil était descendu bien bas quand Oswald quitta enfin la bibliothèque municipale avec une pile de livres sous le bras, le poids accentuant son boitillement.
Lorsque Gabe, son sous-fifre et chauffeur, le vit approcher de la voiture – une magnifique limousine noire rutilante qui avait appartenu à Elijah Van Dahl avant son décès – il s'empressa de lui proposer son aide, tendant déjà les bras vers lui. Oswald lâcha les ouvrages entre ses mains en retenant un soupir de soulagement, et il se glissa prestement sur la banquette arrière, qui était cent fois plus confortable que les bancs arides et froids de la bibliothèque.
Le moteur démarra et bientôt le balancement de la route provoqua un effet lénifiant sur Oswald. Ce dernier bailla et ferma les paupières. Il était épuisé par cette journée de recherches, d'autant qu'il dormait très peu, ce qui participait à son état général très affaibli par les visites du démon.
L'absence du Riddler à ses côtés se faisait durement ressentir ; il ne pouvait plus fermer l’œil quand il était seul dans son lit. Il y avait une sorte d'angoisse qui lui cisaillait le ventre avant de s'endormir, l'empêchant de sombrer : il rouvrait toujours les yeux en sursaut, tâtant le matelas à côté de lui en quête d'une présence qui n'était jamais là.
Au tout début de ses insomnies, il avait cru qu'il craignait le retour de la créature. Il avait fait installer des détecteurs de mouvements, des alarmes, des caméras et des gardes, afin de se sentir en sécurité, mais malgré cela, le sommeil continuait de le fuir. Il s'était aperçu que serrer un édredon ou un traversin contre lui et entre ses jambes calmait sensiblement son anxiété et il avait compris que ça n'avait rien à voir avec ce qu'il avait pensé, au contraire. Il avait dû se rendre à l'évidence qu'une part de lui était hanté par le Riddler, à tel point qu'il ne pouvait plus se passer de lui à ses côtés, que son corps refusait le sommeil sans sa présence auprès de lui.
Aussi surprenant que cela puisse paraître de prime abord, il lui avait fallu se rendre à l'évidence d'une chose : le Riddler lui manquait. Il avait besoin de le sentir physiquement, c'était la seule chose qui le ferait se sentir réellement en sécurité. Ce qui était paradoxal évidemment, puisque l'incube le dévorait petit à petit, morceau par morceau, et prenait le contrôle de sa volonté. Il aurait dû vouloir le combattre. Il était conscient que les pouvoirs de la créature influençaient forcément son jugement et pourtant...il ne pouvait y renoncer de son plein gré.
Pour la première fois de sa vie, il était amoureux, alors peu importait les raisons, il s'accrochera à ce miracle quitte à en mourir.
Il rouvrit lentement les yeux. Peut-être que ce serait quand même mieux s'il pouvait survivre, cela dit. Enfin, il fallait avant toute chose qu'il trouve un moyen de faire revenir le Riddler, ce qui n'allait pas être une mince affaire. D'une part, parce qu'il avait besoin de le voir, mais aussi, parce qu'il devait s'assurer que ses sentiments étaient partagés. Si ce n'était pas le cas...un de ses subordonnés pouvait geler les gens, les transformant ainsi en statue de glace vivante...cela pouvait s'avérer être une solution alternative pour la suite, si les circonstances lui étaient défavorables.
Un sourire flegmatique et cruel se peignit sur ses lèvres. Il était sous l'emprise du Riddler, certes, et cependant il restait fidèle à ses convictions, à sa personnalité sur certains points malgré tout.
Il était le Pingouin, et rien ni personne ne pourrait changer cela.
Lorsque la nuit fut bien entamée, Ed s'infiltra comme à son habitude dans les rêves de sa victime pour planter ses griffes mentales dans son esprit, avant d'attaquer le corps. L'appel était si fort qu'il n'avait pas su résister, et puis cela faisait des semaines qu'il ne s'était pas alimenté, refusant de retourner auprès d'Oswald – malgré les rêves de celui-ci qui tentaient de l'envoûter de par leur arôme sensuel. Il n'était pas habitué à ce genre de petits jeux donc en dépit de sa longue existence, il avait beaucoup de mal à tenir sa résolution.
C'était la raison pour laquelle il s'était rendu dans cette chambre. Pour mettre un terme à cette exclusivité qu'il avait l'impression de devoir à Oswald. Il était un incube, et même s'il avait marqué quelqu'un, il pouvait bien se nourrir ailleurs s'il le voulait.
De toute façon, ce n'est pas comme si Oswald allait le savoir.
Il apparut au-dessus de sa proie et grimpa sur elle comme il en avait l'habitude, souple et silencieux comme une panthère guettant un oiseau qui menaçait à tout moment de s'envoler. C'était une belle jeune femme, aux traits fins et ciselés dont les cheveux blonds retombaient en boucles parfaites sur son oreiller, mettant en valeur comme dans un écrin son visage à la peau de pêche. Ses lèvres charnues et rouges, digne d'une princesse de conte de fée, souriaient même dans son sommeil, et Ed savait exactement de quoi elle rêvait. Il était justement là pour ça.
Ses rêves étaient remplis de livres et de démons aguicheurs aux allures de couvertures de romans à l'eau de rose. Une ombre étrange au nez aquilin se promenait de façon insistante dans son rêve, toujours invisible mais avec une démarche claudicante reconnaissable qui résonnait dans toute la bibliothèque, ne détournant qu'un instant l'attention de son amant imaginaire avant qu'il ne s'empare d'elle contre une étagère, au milieu du rayon fantasy. Elle écarta les cuisses mi-prude, mi tentatrice, en rosissant, et embrassa sa bouche avec fougue, enfonçant ses ongles dans ses épaules, ses dents dans son cou. Son excitation et son désir exsudaient par chaque pore de sa peau.
« Je ne pèse rien pourtant on ne peut me retenir bien longtemps. Qui suis-je ? », murmura-t-il en effleurant son oreille délicate de ses lèvres, savourant déjà l'impatience avec laquelle elle lui offrait son âme sur un plateau.
Elle frissonna, son corps se raidissant sous ses draps, et elle soupira longuement, faisant naître un mince sourire sur le visage du Riddler.
« La réponse est correcte. », chuchota-t-il avant de s'écarter.
- Il te cherche, répondit-elle dans un souffle, si bas qu'il faillit ne pas entendre, qu'il se demanda si son ouïe ne lui jouait pas des tours.
Il se figea au bord du lit, l'observa intensément en attendant qu'elle ajoute quelque chose, mais elle s'était rendormie, retournant à ses fantasmes érotiques au parfum de Harlequin épicé.
Il quitta la chambre, intrigué par ce qu'elle voulait dire. Il ne croyait pas au hasard.
Quelqu'un était à sa recherche, et il était à peu près sûr de savoir qui.
Environ un mois plus tard, le Riddler répondit à une invitation.
Ou plus prosaïquement, il fut sommé d'apparaître au cours d'une invocation de magie. Cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé, mais il ne s'en étonnait guère. Il connaissait plusieurs démons à qui s'étaient arrivés : on trouvait tout sur internet, et les pseudo sorciers du dimanche ou autres satanistes prépubères, se retrouvaient à invoquer des démons comme on entre dans un supermarché.
En général, c'était une expérience qui pouvait leur coûter cher, très cher.
Lorsqu'Ed se sentit happé par le rituel, il se promis de dévorer quiconque l'avait sorti de sa retraite – il était d'humeur exécrable et de plus, il mourrait de faim car il n'avait rien mangé depuis Oswald.
Il aimait se répéter que c'était pour cela qu'il se sentait mal, et pas parce qu'il voulait le revoir. Ça n'avait aucun sens, il était un incube. Seule la faim pouvait le pousser à vouloir revoir quelqu'un.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il reconnut l'atmosphère de la pièce avant même de voir celui qui se tenait en face de lui. Ses poils se hérissèrent dans sa nuque et les battements de ses cœurs s'accélérèrent comme s'il courrait un grave danger – il ne s'en doutait pas encore, mais son organisme, lui, savait que c'était le cas.
Oswald Cobblepot était assis sur son lit, les bras et jambes croisés, entièrement vêtu – d'un étroit pantalon de costume, d'une chemise noire aux manches sanglées au-dessus des coudes, et d'une cravate pourpre. Son visage portait des traces de giclures écarlates, le sang gouttant lentement de son menton, et une bouffée de chaleur monta aux joues du Riddler quand il s'en aperçut. Il se lécha les lèvres afin de se laisser le temps de reprendre contenance avant de parler. Sa voix lui parut plus rauque que d'habitude :
« Vous saviez que le manchot empereur mâle gardait son œuf au chaud en le balançant sur ses pieds ? »
La mimique d'Oswald était suffisamment drôle pour lui tirer un sourire : il restait bouche bée comme un poisson, les yeux dans le vague, visiblement hébété.
Ed tenta de lever la main vers lui pour le toucher – il brûlait d'envie de caresser ses pommettes avec ses pouces, d'embrasser sa gorge de cygne et de lécher le sang sur sa main blessée, sur la dague rituel qu'il tenait dans l'autre – mais ses membres étaient soudain devenus incroyablement lourds.
L'expression du Pingouin se métamorphosa radicalement. Ses yeux d'un vert d'eau pâle s'assombrirent tandis qu'un rictus venait déformer ses lèvres pincées, allongeant son visage pointu et lui donnant plus que jamais des airs de rapace.
Le Riddler était prisonnier d'un cercle de sang dessiné sur un tapis en lin écru, entouré de divers symboles ésotériques.
Oswald ouvrit précautionneusement une trousse à pharmacie qui était posée près de lui, et entoura rapidement sa main d'un bandage, d'un geste souple dénuée du tremblement involontaire causé par la douleur, ce qui laissait penser qu'il était habitué à en ressentir. L'entaille était peu profonde mais saignait beaucoup. L'odeur du sang était piquante, épicée, et Ed reconnut aisément la saveur du ginseng derrière les notes métalliques qui palpitaient sur sa langue lorsqu'il respirait. Ça envahissait son esprit, le rendant quelque peu groggy et l'empêchant de lancer son corps astral vers sa proie.
Il percevait leur lien plus que jamais, comme un fil doré qui les reliait, tendu si fort qu'il craignait presque qu'il ne cède. Il voulait se jeter contre Oswald, ce qui lui était impossible, et la frustration le rongeait littéralement sur place.
- Je sais qui tu es, susurra Oswald en posant enfin le regard sur lui, avec un sourire mesquin.
Un début d'agacement chatouilla l'échine de l'incube.
- Alors tu devrais savoir garder tes distances, siffla le Riddler, un éclat vert brillant dans l'oeil.
Le Pingouin se pencha sur lui, plié en deux, l'attitude narquoise :
- Tu ne peux plus rien me faire, j'y ai veillé. Tu es prisonnier de ce cercle jusqu'à ce que je t'en libère...si j'en ai envie, bien sûr, rétorqua-t-il. Alors tu as plutôt intérêt à ravaler tes menaces, elles ne t'apporteront rien de bon, mon ami.
Le mot « ami » dans sa bouche sonnait comme une insulte. Ed se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas répondre du tac-au-tac. Il fallait qu'il réfléchisse.
- Pourquoi m'as-tu invoqué ?, demanda-t-il, bien qu'il sache la réponse.
- Oh, ne joue pas les idiots, répliqua Oswald. Cela ne te va décidément pas.
Il défit les boutons de sa chemise et montra le symbole gravé dans sa peau à l'encre verte indélébile – une encre que nulle opération au laser ne saurait enlever.
- C'est à cause de ça, gronda-t-il.
- Tu n'aimes pas le motif ? Ou bien c'est la couleur ?, se moqua le Riddler.
Néanmoins son regard restait fixé sur la marque, comme hypnotisé. Elle aurait dû disparaître avec le temps, mais en dépit de l'éloignement qu'il avait maintenu entre eux, leur lien demeurait le plus fort et sa marque subsistait, comme si le destin lui-même lui ordonnait de finir ce qu'il avait commencé.
La pensée lui était odieuse et rien qu'en observant le visage d'Oswald, il sentit l'affection monter en lui en une vague inarrêtable.
- J'ai des cicatrices bien plus laides que ça, fit remarquer le Pingouin en s'agenouillant dans le cercle.
Le Riddler sursauta lorsqu'il toucha son épaule nue. Son corps reprit vie, comme si ce simple contact avait réveillé son organisme. Il se lova contre Oswald, inspirant son parfum avec satisfaction.
- Il n'y a rien de laid en toi, souffla-t-il avant de se mettre à ronronner.
La main d'Oswald caressait son dos. Les tatouages d'ombre sur ses omoplates frémirent et il dut les retenir afin qu'elles ne s'enroulent pas avidement autour du poignet du Pingouin. Ce dernier ignorait probablement qu'il pouvait faire cela ; sans doute pensait-il que ses pouvoirs résidaient uniquement dans la séduction et la manipulation. C'était en général ce que l'on disait des incubes et des succubes, oubliant ainsi qu'en tant que démons, ils possédaient bien d'autres talents.
Par exemple, Oswald ignorait sûrement que la pointe de sa queue fourchue pouvait transpercer un homme aussi facilement qu'une fourchette dans une motte de beurre. Sinon il ne se serait pas permis de lui rendre sa liberté de mouvement. Ou que ses tatouages tribaux étaient des parasites vivants et se déplaçant sur son corps, qu'il pouvait contrôler par la pensée, et qui pouvaient s'infiltrer dans l'esprit de ses victimes – il les avait déjà utilisé sur Oswald auparavant.
- Il y a un nombre infinie de choses très laides en moi, le contredit l'humain d'une voix douce.
Le Riddler eut un petit rire :
- Je suis un démon. Crois-moi...il n'y a rien qui puisse me dégoûter. Tu es...trop spécial pour moi, pour...ce que tu es, balbutia Ed en fermant les yeux, happé par le confort de l'étreinte. Je ne comprends pas comment c'est possible...
- Moi non plus, gémit tout bas Oswald, le serrant un peu plus fort. Je...je pensais être le seul mais...est-ce que...tu le sens, toi aussi ?
Les doigts du Riddler se crispèrent sur les épaules de l'humain alors qu'il enfouissait son visage contre son cou.
- Je t'aime, couina-t-il. C'est impossible, et pourtant...
- Je t'aime aussi !, hoqueta aussitôt Oswald, lui coupant la parole. C'est la première fois et c'est tellement, tellement grandiose ! Oh Ed !
Il le fit se redresser en lui prenant le visage en coupe, les yeux chatoyants de larmes contenues.
- Je voulais tellement que tu ressentes la même chose. C'est comme un rêve éveillé.
- Mieux que cela, puisque c'est réel, Monsieur Pingouin, chuchota le Riddler avec un sourire empli de soulagement.
Oswald rit et frotta son nez contre le sien. C'était agréable et tendre, tout ce qu'Ed n'avait jamais expérimenté avant. Il embrassa Oswald sur les lèvres, et voyant la surprise s'inscrire sur ses traits, il recommença de manière plus assurée. Les bras de l'humain s'enroulèrent autour de son cou et Ed bascula, mais en arrière. Le Pingouin monta sur lui à quatre pattes et caressa son corps longiligne à pleines mains, assoiffé de contact. Ed gémit contre ses lèvres, de plus en plus excité, tandis que les doigt froids parcouraient son corps, découvrant chaque courbes, chaque muscle, chaque coin et creux d'articulation. Le ginseng et le sang lui montaient à la tête, la déclaration d'amour le rendait euphorique, aussi ne se rendit-il pas tout de suite compte de ce qu'Oswald prévoyait de faire.
Ce dernier défit sa ceinture et la braguette de son pantalon, afin de s'en débarrasser suffisamment pour que leur intimité se trouvent en contact. Ed, en sentant le sexe durci de son amant contre son ventre, eut un geignement de plaisir. Il l'enserra entre ses longues jambes sveltes, le forçant à rester entre ses cuisses, à rester contre lui, aussi près que possible. Leurs bouches haletantes ne se quittaient plus, s'embrasaient du désir de se toucher toujours un peu plus plus, chuchotant des mots d'amour sans queue ni tête mais dont le sens s'affirmait dans l'empressement sincère avec lequel ils se les murmuraient. Leur lien vibrait de plus en plus fort, tendu jusqu'à son point de rupture, tant et si bien qu'Ed sentait la peur l'envahir, une crainte irrationnelle d'être arraché à celui qu'il aimait – qui l'aimait – sans avoir eu le temps de lui montrer combien tout ceci était exceptionnel, unique, combien ce qu'ils faisaient ensemble défiaient toutes les lois naturelles de l'existence.
Ou combien il tenait à ce que ça ne s'arrête jamais. Il était perdu, perdu dans dans un tourbillon d'émotions qu'il n'avait jamais ressenti et qui ne venaient pas de lui. Mais la provenance n'avait pas d'importance car maintenant qu'il les avait en lui, il ne pouvait plus se les enlever, il les chérissait avec passion, la même passion qu'il avait pour les yeux d'Oswald embués de larmes, pour sa voix éraillée, et la marque de son appartenance inscrite sur son torse. Une passion dévorante qui n'avait plus rien à voir avec son appétit d'incube.
Les mains d'Oswald balayèrent ses hanches, traçant des arabesques que Ed ne pouvaient voir, pour ensuite se glisser contre ses fesses. Le démon gémit et fourragea dans les cheveux noir de jais, suppliant dans un murmure pour le relâchement de cette tension insoutenable entre eux. Leur lien tirait quelque chose en lui, devenant presque désagréable tant il était tendu, tant la force d'attraction entre eux était forte. Lorsqu'Oswald le pénétra, il soupira de soulagement en cachant son visage dans son cou, le dos arrondi et la respiration hachée.
C'était la première fois, et ce fut comme un choc ; un poing semblait lui serrer les entrailles, et pourtant c'était délicieux d'être possédé ainsi, d'être voulu et pris. Il cria, comme un animal blessé au pied du mur, et le Pingouin lui jeta un regard angoissé, lui caressa le visage tendrement, si affectueusement qu'Ed sentit son plaisir grimper d'un cran. Il émit un sanglot qui se coinça dans sa gorge, et Oswald poussa à l'intérieur de lui en émettant un grognement bestial qui lui remua agréablement l'estomac. Il le serra contre lui à l'en étouffer, ses tatouages frémissant sur sa peau comme une sensation de chair de poule. Le Pingouin balança des reins, s'enfonçant un peu plus dans sa chair vierge.
Ed pouvait bien couiner contre son épaule, Oswald ne s'arrêtait pas. La respiration saccadée, rauque, il bouleversait entièrement ses sens en le besognant comme si leur lendemain n'existait pas. Les bras d'Ed faiblirent et il les laissa retomber dans les oreillers, s'agrippant à ceux-ci alors que l'orgasme le submergeait, et il hurla aussi fort qu'il le pouvait, l'énergie s'échappant de son être en même temps que son sperme jaillissait – et il sentit celui d'Oswald le remplir, il sentit son sexe tressaillir à l'intérieur, il sentit le mouvement convulsif de ses reins, le sursaut sec entre ses cuisses, et soudain une brûlure, sur la poitrine, mais il était trop épuisé pour regarder.
« Je bouge quand vous bougez, je connais vos pensées les plus sombres, vous accompagne depuis la naissance et vous suivrait jusque dans la tombe. Qui suis-je ? »
La voix d'Oswald était essoufflée et hésitante, alors qu'il avait répété plusieurs fois son énigme. Le Riddler cligna plusieurs fois des paupières, engourdi :
- Mon...reflet ?
- Exact, répondit le Pingouin en embrassant le symbole de parapluie violet apparut sur le torse de l'incube.
Ed frissonna et commença de s'écarter légèrement, afin de reprendre un semblant de recul sur la situation. Oswald le laissa faire avec l'air content d'un chat qui aurait attrapé une souris.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Ça veut dire que je sais qui tu es, Ednygma, susurra le Pingouin avec satisfaction, un éclat de victoire dans le regard. Alors je t'ai marqué comme mien.
Il montra sa main enveloppée d'un bandage :
- Tu ne peux plus me fuir désormais.
Puisqu'Ed restait figé, incrédule face au piège qui s'était refermé sur lui et qu'il n'avait même pas vu venir, Oswald se redressa, pour enrouler paresseusement ses bras autour de lui, semblables à des lianes emprisonnant sa victime dans une étreinte exiguë, étouffante.
- Tu es à moi désormais, et je suis à toi. Nous serons toujours ensemble...
Il chuchota doucement à son oreille, le ton mielleux et plein de promesses comme de menaces :
- Ma mère m'a toujours dit qu'on ne rencontre qu'un seul véritable amour. Et peu importe les circonstances, je ne le laisserais pas filer.
Ed frémit et lui l'imita après quelques secondes d'hésitation, entourant à son tour son corps de ses bras. C'était bon et il ne pouvait pas le nier, même s'il savait à présent que c'était de la magie et de la manipulation. C'était donc ainsi que ses victimes se sentaient lorsqu'il les flouait ?
- Je ne veux pas partir, souffla-t-il. Je t'ai attendu des siècles durant, sans savoir que je t'attendais.
- Je sais, rétorqua Oswald. Mais je m'assure que l'idée de t'enfuir ne te vienne jamais à l'esprit.
Il baissa la voix, celle-ci se mettant à trembler et laissant apparaître son aspect le plus vulnérable :
- Je ne pourrais pas le supporter.
Ed lui toucha la nuque dans un geste rassurant.
- Je ne pourrais pas le supporter, répéta-t-il rêveusement.
C'était vrai pour lui aussi, et au moment où il le comprit, il sut qu'il était définitivement perdu.
Fandom : Gotham (tv)
Rating : Explicite
Genre : UA, pron, surnaturel, romance slash
Pairing : Ed/Oswald
Nombre de mots : 4194
Commentaire : Bonne année à tous et toutes ! C'est enfin la fin de cette petite fanfic (qui mine de rien fait à présent 10 000 mots !).
Chapitre 2
De toutes les bibliothèques de Gotham, celle du centre-ville était la plus grandiose, et surtout la plus fournie. La bibliothécaire en chef était une drôle de femme, comme avait pu le constater Oswald, mais elle lui fut étonnamment d'une grande aide pour ses recherches.
Elle était versé dans l'art des énigmes, et lorsqu'Oswald lui indiqua – après quelques hésitations justifiées de par le contenu à connotation sexuelle de la requête – ce qu'il recherchait, elle ne s'en formalisa pas, bien au contraire. Elle s'enthousiasma immédiatement et s'attela à la compilation d'ouvrages qu'elle avait en réserve sur ce genre de thématiques – rêves, hypnoses, créatures surnaturelles. Ils passèrent la journée entière à recueillir des données dans des livres de plus en plus gros et poussiéreux, et le temps passant, Oswald commençait à se faire une meilleure idée de ce qui se tramait, sans pour autant avoir le moindre indice sur l'individu en question.
Il connaissait son surnom : Le Riddler. Il savait qu'il s'agissait d'un démon, et plus spécifiquement d'un incube, une créature qui se nourrit de l'énergie vitale d'autrui en ayant des rapports sexuels. Les incubes, à l'inverse des succubes, sont majoritairement mâles et doivent pénétrer leur victime pour aspirer leur énergie.
Toutes ces informations étaient plutôt horrifiantes : il était question de magie séductrice, de contrôle de l'esprit et de dévoration de l'âme. Même le symbole qu'il portait sur le torse était de mauvais augure : cela signifiait que l'incube allait revenir. Il l'avait marqué comme sien et comptait bien finir le travail en aspirant ses dernières forces. Oswald avait senti celles-ci l'abandonner à chaque fois qu'il voyait l'incube. Toutefois, il s'interrogeait, car cela faisait à présent trois semaines que la créature ne s'était plus montré. Est-ce que le Riddler lui laissait un peu plus de répit, pour qu'il puisse récupérer, et ainsi faire durer le repas plus longtemps ? Les habitudes alimentaires de ces créatures n'étaient décrites nulle part, car les ouvrages qu'il avait consulté étaient assez généralistes.
Il ignorait combien de visites le Riddler devait encore lui rendre ; tout ce qu'il savait était que les incubes ne lâchaient pas leur victime et les harcelaient jusqu'à ce qu'elle tombe raide morte.
Ce qui était bizarre, c'était que depuis trois semaines, Oswald avait retrouvé un peu d'énergie. Certes, il demeurait plus faible que d'habitude, mais ça allait en s'améliorant. Il n'était pas près de courir un marathon – de toute façon, avec sa jambe, ça ne risquait pas – mais il se sentait bien mieux que le lendemain de sa rencontre avec l'incube. Il aurait pensé qu'au contraire, son cas empirerait. C'était ce qui était décrit dans les livres. En cela, son expérience variait clairement de ce qu'il avait lu.
Le plus étrange, c'était que malgré tout ce qu'il savait, il n'était pas en colère contre la créature qui l'avait pris pour cible, bien au contraire ; plus il en apprenait, plus il était fasciné. Ce n'était pourtant pas dans sa personnalité de laisser quelqu'un profiter de lui ainsi. Il le savait, il savait que cela devait être dû à cette histoire de sortilège, mais il n'y pouvait absolument rien, il pouvait toujours s'en cacher, il mourrait d'envie de le rencontrer à nouveau.
Ce n'était pour le sexe, même si une part de lui en voulait plus. Ça n'aurait pas eu de sens pour lui si ça n'avait été que ça. Il avait besoin de son sourire, de sa voix, des mots tendres qu'il lui chuchotait à l'oreille et qu'il sentait sincère, d'être spéciale et unique dans ses yeux noirs qui scintillaient d'éclats verts comme des arcs électriques, des éclats de folie. Il voulait aussi lui rendre cette douceur, ce sentiment agréable, caresser son beau visage et dormir tout contre lui au creux chaleureux de sa poitrine. C'était une émotion viscérale, comme celle de faire partie d'une meute, d'une famille. Ce n'était pas de l'attirance, juste une évidence qui était là, tout simplement, le désir d'être sien, et qu'il le soit également.
Le soleil était descendu bien bas quand Oswald quitta enfin la bibliothèque municipale avec une pile de livres sous le bras, le poids accentuant son boitillement.
Lorsque Gabe, son sous-fifre et chauffeur, le vit approcher de la voiture – une magnifique limousine noire rutilante qui avait appartenu à Elijah Van Dahl avant son décès – il s'empressa de lui proposer son aide, tendant déjà les bras vers lui. Oswald lâcha les ouvrages entre ses mains en retenant un soupir de soulagement, et il se glissa prestement sur la banquette arrière, qui était cent fois plus confortable que les bancs arides et froids de la bibliothèque.
Le moteur démarra et bientôt le balancement de la route provoqua un effet lénifiant sur Oswald. Ce dernier bailla et ferma les paupières. Il était épuisé par cette journée de recherches, d'autant qu'il dormait très peu, ce qui participait à son état général très affaibli par les visites du démon.
L'absence du Riddler à ses côtés se faisait durement ressentir ; il ne pouvait plus fermer l’œil quand il était seul dans son lit. Il y avait une sorte d'angoisse qui lui cisaillait le ventre avant de s'endormir, l'empêchant de sombrer : il rouvrait toujours les yeux en sursaut, tâtant le matelas à côté de lui en quête d'une présence qui n'était jamais là.
Au tout début de ses insomnies, il avait cru qu'il craignait le retour de la créature. Il avait fait installer des détecteurs de mouvements, des alarmes, des caméras et des gardes, afin de se sentir en sécurité, mais malgré cela, le sommeil continuait de le fuir. Il s'était aperçu que serrer un édredon ou un traversin contre lui et entre ses jambes calmait sensiblement son anxiété et il avait compris que ça n'avait rien à voir avec ce qu'il avait pensé, au contraire. Il avait dû se rendre à l'évidence qu'une part de lui était hanté par le Riddler, à tel point qu'il ne pouvait plus se passer de lui à ses côtés, que son corps refusait le sommeil sans sa présence auprès de lui.
Aussi surprenant que cela puisse paraître de prime abord, il lui avait fallu se rendre à l'évidence d'une chose : le Riddler lui manquait. Il avait besoin de le sentir physiquement, c'était la seule chose qui le ferait se sentir réellement en sécurité. Ce qui était paradoxal évidemment, puisque l'incube le dévorait petit à petit, morceau par morceau, et prenait le contrôle de sa volonté. Il aurait dû vouloir le combattre. Il était conscient que les pouvoirs de la créature influençaient forcément son jugement et pourtant...il ne pouvait y renoncer de son plein gré.
Pour la première fois de sa vie, il était amoureux, alors peu importait les raisons, il s'accrochera à ce miracle quitte à en mourir.
Il rouvrit lentement les yeux. Peut-être que ce serait quand même mieux s'il pouvait survivre, cela dit. Enfin, il fallait avant toute chose qu'il trouve un moyen de faire revenir le Riddler, ce qui n'allait pas être une mince affaire. D'une part, parce qu'il avait besoin de le voir, mais aussi, parce qu'il devait s'assurer que ses sentiments étaient partagés. Si ce n'était pas le cas...un de ses subordonnés pouvait geler les gens, les transformant ainsi en statue de glace vivante...cela pouvait s'avérer être une solution alternative pour la suite, si les circonstances lui étaient défavorables.
Un sourire flegmatique et cruel se peignit sur ses lèvres. Il était sous l'emprise du Riddler, certes, et cependant il restait fidèle à ses convictions, à sa personnalité sur certains points malgré tout.
Il était le Pingouin, et rien ni personne ne pourrait changer cela.
Lorsque la nuit fut bien entamée, Ed s'infiltra comme à son habitude dans les rêves de sa victime pour planter ses griffes mentales dans son esprit, avant d'attaquer le corps. L'appel était si fort qu'il n'avait pas su résister, et puis cela faisait des semaines qu'il ne s'était pas alimenté, refusant de retourner auprès d'Oswald – malgré les rêves de celui-ci qui tentaient de l'envoûter de par leur arôme sensuel. Il n'était pas habitué à ce genre de petits jeux donc en dépit de sa longue existence, il avait beaucoup de mal à tenir sa résolution.
C'était la raison pour laquelle il s'était rendu dans cette chambre. Pour mettre un terme à cette exclusivité qu'il avait l'impression de devoir à Oswald. Il était un incube, et même s'il avait marqué quelqu'un, il pouvait bien se nourrir ailleurs s'il le voulait.
De toute façon, ce n'est pas comme si Oswald allait le savoir.
Il apparut au-dessus de sa proie et grimpa sur elle comme il en avait l'habitude, souple et silencieux comme une panthère guettant un oiseau qui menaçait à tout moment de s'envoler. C'était une belle jeune femme, aux traits fins et ciselés dont les cheveux blonds retombaient en boucles parfaites sur son oreiller, mettant en valeur comme dans un écrin son visage à la peau de pêche. Ses lèvres charnues et rouges, digne d'une princesse de conte de fée, souriaient même dans son sommeil, et Ed savait exactement de quoi elle rêvait. Il était justement là pour ça.
Ses rêves étaient remplis de livres et de démons aguicheurs aux allures de couvertures de romans à l'eau de rose. Une ombre étrange au nez aquilin se promenait de façon insistante dans son rêve, toujours invisible mais avec une démarche claudicante reconnaissable qui résonnait dans toute la bibliothèque, ne détournant qu'un instant l'attention de son amant imaginaire avant qu'il ne s'empare d'elle contre une étagère, au milieu du rayon fantasy. Elle écarta les cuisses mi-prude, mi tentatrice, en rosissant, et embrassa sa bouche avec fougue, enfonçant ses ongles dans ses épaules, ses dents dans son cou. Son excitation et son désir exsudaient par chaque pore de sa peau.
« Je ne pèse rien pourtant on ne peut me retenir bien longtemps. Qui suis-je ? », murmura-t-il en effleurant son oreille délicate de ses lèvres, savourant déjà l'impatience avec laquelle elle lui offrait son âme sur un plateau.
Elle frissonna, son corps se raidissant sous ses draps, et elle soupira longuement, faisant naître un mince sourire sur le visage du Riddler.
« La réponse est correcte. », chuchota-t-il avant de s'écarter.
- Il te cherche, répondit-elle dans un souffle, si bas qu'il faillit ne pas entendre, qu'il se demanda si son ouïe ne lui jouait pas des tours.
Il se figea au bord du lit, l'observa intensément en attendant qu'elle ajoute quelque chose, mais elle s'était rendormie, retournant à ses fantasmes érotiques au parfum de Harlequin épicé.
Il quitta la chambre, intrigué par ce qu'elle voulait dire. Il ne croyait pas au hasard.
Quelqu'un était à sa recherche, et il était à peu près sûr de savoir qui.
Environ un mois plus tard, le Riddler répondit à une invitation.
Ou plus prosaïquement, il fut sommé d'apparaître au cours d'une invocation de magie. Cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé, mais il ne s'en étonnait guère. Il connaissait plusieurs démons à qui s'étaient arrivés : on trouvait tout sur internet, et les pseudo sorciers du dimanche ou autres satanistes prépubères, se retrouvaient à invoquer des démons comme on entre dans un supermarché.
En général, c'était une expérience qui pouvait leur coûter cher, très cher.
Lorsqu'Ed se sentit happé par le rituel, il se promis de dévorer quiconque l'avait sorti de sa retraite – il était d'humeur exécrable et de plus, il mourrait de faim car il n'avait rien mangé depuis Oswald.
Il aimait se répéter que c'était pour cela qu'il se sentait mal, et pas parce qu'il voulait le revoir. Ça n'avait aucun sens, il était un incube. Seule la faim pouvait le pousser à vouloir revoir quelqu'un.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il reconnut l'atmosphère de la pièce avant même de voir celui qui se tenait en face de lui. Ses poils se hérissèrent dans sa nuque et les battements de ses cœurs s'accélérèrent comme s'il courrait un grave danger – il ne s'en doutait pas encore, mais son organisme, lui, savait que c'était le cas.
Oswald Cobblepot était assis sur son lit, les bras et jambes croisés, entièrement vêtu – d'un étroit pantalon de costume, d'une chemise noire aux manches sanglées au-dessus des coudes, et d'une cravate pourpre. Son visage portait des traces de giclures écarlates, le sang gouttant lentement de son menton, et une bouffée de chaleur monta aux joues du Riddler quand il s'en aperçut. Il se lécha les lèvres afin de se laisser le temps de reprendre contenance avant de parler. Sa voix lui parut plus rauque que d'habitude :
« Vous saviez que le manchot empereur mâle gardait son œuf au chaud en le balançant sur ses pieds ? »
La mimique d'Oswald était suffisamment drôle pour lui tirer un sourire : il restait bouche bée comme un poisson, les yeux dans le vague, visiblement hébété.
Ed tenta de lever la main vers lui pour le toucher – il brûlait d'envie de caresser ses pommettes avec ses pouces, d'embrasser sa gorge de cygne et de lécher le sang sur sa main blessée, sur la dague rituel qu'il tenait dans l'autre – mais ses membres étaient soudain devenus incroyablement lourds.
L'expression du Pingouin se métamorphosa radicalement. Ses yeux d'un vert d'eau pâle s'assombrirent tandis qu'un rictus venait déformer ses lèvres pincées, allongeant son visage pointu et lui donnant plus que jamais des airs de rapace.
Le Riddler était prisonnier d'un cercle de sang dessiné sur un tapis en lin écru, entouré de divers symboles ésotériques.
Oswald ouvrit précautionneusement une trousse à pharmacie qui était posée près de lui, et entoura rapidement sa main d'un bandage, d'un geste souple dénuée du tremblement involontaire causé par la douleur, ce qui laissait penser qu'il était habitué à en ressentir. L'entaille était peu profonde mais saignait beaucoup. L'odeur du sang était piquante, épicée, et Ed reconnut aisément la saveur du ginseng derrière les notes métalliques qui palpitaient sur sa langue lorsqu'il respirait. Ça envahissait son esprit, le rendant quelque peu groggy et l'empêchant de lancer son corps astral vers sa proie.
Il percevait leur lien plus que jamais, comme un fil doré qui les reliait, tendu si fort qu'il craignait presque qu'il ne cède. Il voulait se jeter contre Oswald, ce qui lui était impossible, et la frustration le rongeait littéralement sur place.
- Je sais qui tu es, susurra Oswald en posant enfin le regard sur lui, avec un sourire mesquin.
Un début d'agacement chatouilla l'échine de l'incube.
- Alors tu devrais savoir garder tes distances, siffla le Riddler, un éclat vert brillant dans l'oeil.
Le Pingouin se pencha sur lui, plié en deux, l'attitude narquoise :
- Tu ne peux plus rien me faire, j'y ai veillé. Tu es prisonnier de ce cercle jusqu'à ce que je t'en libère...si j'en ai envie, bien sûr, rétorqua-t-il. Alors tu as plutôt intérêt à ravaler tes menaces, elles ne t'apporteront rien de bon, mon ami.
Le mot « ami » dans sa bouche sonnait comme une insulte. Ed se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas répondre du tac-au-tac. Il fallait qu'il réfléchisse.
- Pourquoi m'as-tu invoqué ?, demanda-t-il, bien qu'il sache la réponse.
- Oh, ne joue pas les idiots, répliqua Oswald. Cela ne te va décidément pas.
Il défit les boutons de sa chemise et montra le symbole gravé dans sa peau à l'encre verte indélébile – une encre que nulle opération au laser ne saurait enlever.
- C'est à cause de ça, gronda-t-il.
- Tu n'aimes pas le motif ? Ou bien c'est la couleur ?, se moqua le Riddler.
Néanmoins son regard restait fixé sur la marque, comme hypnotisé. Elle aurait dû disparaître avec le temps, mais en dépit de l'éloignement qu'il avait maintenu entre eux, leur lien demeurait le plus fort et sa marque subsistait, comme si le destin lui-même lui ordonnait de finir ce qu'il avait commencé.
La pensée lui était odieuse et rien qu'en observant le visage d'Oswald, il sentit l'affection monter en lui en une vague inarrêtable.
- J'ai des cicatrices bien plus laides que ça, fit remarquer le Pingouin en s'agenouillant dans le cercle.
Le Riddler sursauta lorsqu'il toucha son épaule nue. Son corps reprit vie, comme si ce simple contact avait réveillé son organisme. Il se lova contre Oswald, inspirant son parfum avec satisfaction.
- Il n'y a rien de laid en toi, souffla-t-il avant de se mettre à ronronner.
La main d'Oswald caressait son dos. Les tatouages d'ombre sur ses omoplates frémirent et il dut les retenir afin qu'elles ne s'enroulent pas avidement autour du poignet du Pingouin. Ce dernier ignorait probablement qu'il pouvait faire cela ; sans doute pensait-il que ses pouvoirs résidaient uniquement dans la séduction et la manipulation. C'était en général ce que l'on disait des incubes et des succubes, oubliant ainsi qu'en tant que démons, ils possédaient bien d'autres talents.
Par exemple, Oswald ignorait sûrement que la pointe de sa queue fourchue pouvait transpercer un homme aussi facilement qu'une fourchette dans une motte de beurre. Sinon il ne se serait pas permis de lui rendre sa liberté de mouvement. Ou que ses tatouages tribaux étaient des parasites vivants et se déplaçant sur son corps, qu'il pouvait contrôler par la pensée, et qui pouvaient s'infiltrer dans l'esprit de ses victimes – il les avait déjà utilisé sur Oswald auparavant.
- Il y a un nombre infinie de choses très laides en moi, le contredit l'humain d'une voix douce.
Le Riddler eut un petit rire :
- Je suis un démon. Crois-moi...il n'y a rien qui puisse me dégoûter. Tu es...trop spécial pour moi, pour...ce que tu es, balbutia Ed en fermant les yeux, happé par le confort de l'étreinte. Je ne comprends pas comment c'est possible...
- Moi non plus, gémit tout bas Oswald, le serrant un peu plus fort. Je...je pensais être le seul mais...est-ce que...tu le sens, toi aussi ?
Les doigts du Riddler se crispèrent sur les épaules de l'humain alors qu'il enfouissait son visage contre son cou.
- Je t'aime, couina-t-il. C'est impossible, et pourtant...
- Je t'aime aussi !, hoqueta aussitôt Oswald, lui coupant la parole. C'est la première fois et c'est tellement, tellement grandiose ! Oh Ed !
Il le fit se redresser en lui prenant le visage en coupe, les yeux chatoyants de larmes contenues.
- Je voulais tellement que tu ressentes la même chose. C'est comme un rêve éveillé.
- Mieux que cela, puisque c'est réel, Monsieur Pingouin, chuchota le Riddler avec un sourire empli de soulagement.
Oswald rit et frotta son nez contre le sien. C'était agréable et tendre, tout ce qu'Ed n'avait jamais expérimenté avant. Il embrassa Oswald sur les lèvres, et voyant la surprise s'inscrire sur ses traits, il recommença de manière plus assurée. Les bras de l'humain s'enroulèrent autour de son cou et Ed bascula, mais en arrière. Le Pingouin monta sur lui à quatre pattes et caressa son corps longiligne à pleines mains, assoiffé de contact. Ed gémit contre ses lèvres, de plus en plus excité, tandis que les doigt froids parcouraient son corps, découvrant chaque courbes, chaque muscle, chaque coin et creux d'articulation. Le ginseng et le sang lui montaient à la tête, la déclaration d'amour le rendait euphorique, aussi ne se rendit-il pas tout de suite compte de ce qu'Oswald prévoyait de faire.
Ce dernier défit sa ceinture et la braguette de son pantalon, afin de s'en débarrasser suffisamment pour que leur intimité se trouvent en contact. Ed, en sentant le sexe durci de son amant contre son ventre, eut un geignement de plaisir. Il l'enserra entre ses longues jambes sveltes, le forçant à rester entre ses cuisses, à rester contre lui, aussi près que possible. Leurs bouches haletantes ne se quittaient plus, s'embrasaient du désir de se toucher toujours un peu plus plus, chuchotant des mots d'amour sans queue ni tête mais dont le sens s'affirmait dans l'empressement sincère avec lequel ils se les murmuraient. Leur lien vibrait de plus en plus fort, tendu jusqu'à son point de rupture, tant et si bien qu'Ed sentait la peur l'envahir, une crainte irrationnelle d'être arraché à celui qu'il aimait – qui l'aimait – sans avoir eu le temps de lui montrer combien tout ceci était exceptionnel, unique, combien ce qu'ils faisaient ensemble défiaient toutes les lois naturelles de l'existence.
Ou combien il tenait à ce que ça ne s'arrête jamais. Il était perdu, perdu dans dans un tourbillon d'émotions qu'il n'avait jamais ressenti et qui ne venaient pas de lui. Mais la provenance n'avait pas d'importance car maintenant qu'il les avait en lui, il ne pouvait plus se les enlever, il les chérissait avec passion, la même passion qu'il avait pour les yeux d'Oswald embués de larmes, pour sa voix éraillée, et la marque de son appartenance inscrite sur son torse. Une passion dévorante qui n'avait plus rien à voir avec son appétit d'incube.
Les mains d'Oswald balayèrent ses hanches, traçant des arabesques que Ed ne pouvaient voir, pour ensuite se glisser contre ses fesses. Le démon gémit et fourragea dans les cheveux noir de jais, suppliant dans un murmure pour le relâchement de cette tension insoutenable entre eux. Leur lien tirait quelque chose en lui, devenant presque désagréable tant il était tendu, tant la force d'attraction entre eux était forte. Lorsqu'Oswald le pénétra, il soupira de soulagement en cachant son visage dans son cou, le dos arrondi et la respiration hachée.
C'était la première fois, et ce fut comme un choc ; un poing semblait lui serrer les entrailles, et pourtant c'était délicieux d'être possédé ainsi, d'être voulu et pris. Il cria, comme un animal blessé au pied du mur, et le Pingouin lui jeta un regard angoissé, lui caressa le visage tendrement, si affectueusement qu'Ed sentit son plaisir grimper d'un cran. Il émit un sanglot qui se coinça dans sa gorge, et Oswald poussa à l'intérieur de lui en émettant un grognement bestial qui lui remua agréablement l'estomac. Il le serra contre lui à l'en étouffer, ses tatouages frémissant sur sa peau comme une sensation de chair de poule. Le Pingouin balança des reins, s'enfonçant un peu plus dans sa chair vierge.
Ed pouvait bien couiner contre son épaule, Oswald ne s'arrêtait pas. La respiration saccadée, rauque, il bouleversait entièrement ses sens en le besognant comme si leur lendemain n'existait pas. Les bras d'Ed faiblirent et il les laissa retomber dans les oreillers, s'agrippant à ceux-ci alors que l'orgasme le submergeait, et il hurla aussi fort qu'il le pouvait, l'énergie s'échappant de son être en même temps que son sperme jaillissait – et il sentit celui d'Oswald le remplir, il sentit son sexe tressaillir à l'intérieur, il sentit le mouvement convulsif de ses reins, le sursaut sec entre ses cuisses, et soudain une brûlure, sur la poitrine, mais il était trop épuisé pour regarder.
« Je bouge quand vous bougez, je connais vos pensées les plus sombres, vous accompagne depuis la naissance et vous suivrait jusque dans la tombe. Qui suis-je ? »
La voix d'Oswald était essoufflée et hésitante, alors qu'il avait répété plusieurs fois son énigme. Le Riddler cligna plusieurs fois des paupières, engourdi :
- Mon...reflet ?
- Exact, répondit le Pingouin en embrassant le symbole de parapluie violet apparut sur le torse de l'incube.
Ed frissonna et commença de s'écarter légèrement, afin de reprendre un semblant de recul sur la situation. Oswald le laissa faire avec l'air content d'un chat qui aurait attrapé une souris.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Ça veut dire que je sais qui tu es, Ednygma, susurra le Pingouin avec satisfaction, un éclat de victoire dans le regard. Alors je t'ai marqué comme mien.
Il montra sa main enveloppée d'un bandage :
- Tu ne peux plus me fuir désormais.
Puisqu'Ed restait figé, incrédule face au piège qui s'était refermé sur lui et qu'il n'avait même pas vu venir, Oswald se redressa, pour enrouler paresseusement ses bras autour de lui, semblables à des lianes emprisonnant sa victime dans une étreinte exiguë, étouffante.
- Tu es à moi désormais, et je suis à toi. Nous serons toujours ensemble...
Il chuchota doucement à son oreille, le ton mielleux et plein de promesses comme de menaces :
- Ma mère m'a toujours dit qu'on ne rencontre qu'un seul véritable amour. Et peu importe les circonstances, je ne le laisserais pas filer.
Ed frémit et lui l'imita après quelques secondes d'hésitation, entourant à son tour son corps de ses bras. C'était bon et il ne pouvait pas le nier, même s'il savait à présent que c'était de la magie et de la manipulation. C'était donc ainsi que ses victimes se sentaient lorsqu'il les flouait ?
- Je ne veux pas partir, souffla-t-il. Je t'ai attendu des siècles durant, sans savoir que je t'attendais.
- Je sais, rétorqua Oswald. Mais je m'assure que l'idée de t'enfuir ne te vienne jamais à l'esprit.
Il baissa la voix, celle-ci se mettant à trembler et laissant apparaître son aspect le plus vulnérable :
- Je ne pourrais pas le supporter.
Ed lui toucha la nuque dans un geste rassurant.
- Je ne pourrais pas le supporter, répéta-t-il rêveusement.
C'était vrai pour lui aussi, et au moment où il le comprit, il sut qu'il était définitivement perdu.