Titre : Un chemin menant à un précipice
Fandom : L'épouvanteur (de Joseph Delaney)
Rating : R
Genre : flash back, hurt/comfort ?
Personnages : Grimalkin/Le Malin
Nombre de mots : 884
Commentaire : écrit sur le thème "virage" de
31_jours, et j'espère que Grimalkin n'est pas OOC, je n'ai pas fini le tome 9 Edit : ah. En fait, mon texte entre en contradiction avec le tome 9.
...Nombre de mots : 884
Commentaire : écrit sur le thème "virage" de
Chaque être humain suit un chemin qui lui est propre. La jeune Grimalkin s’était juré de faire le sien seule.
Quand on s’encombrait d’un compagnon de voyage, on était soumis à des contraintes : impossible de courir sans avoir peur de le distancer, il fallait l’attendre s’il avait besoin de se reposer, et bien sûr, devant une fourche, il y avait toujours un risque de conflit entre la gauche et la droite.
C’était un fardeau inutile. Grimalkin avait soif de liberté. Elle voulait parcourir le monde, apprendre toutes sortes de magies, rencontrer des sages. Elle voulait une existence sans attaches, vivre au jour le jour, sans se soucier de l’avenir.
Elle refusait toute forme d’autorité. Être soumise au pouvoir du Malin lui retournait les entrailles; elle se sentait privée d’un droit fondamental, celui de pouvoir choisir sa destinée quelques soient les circonstances. Elle souhaitait prendre elle-même ses décisions, sans subir d’influence. Pour elle, ce joug était une tyrannie qui la forçait à vivre tête baissée, comme si une main gigantesque lui ployait la nuque. A cause de cela, elle ne pouvait pas faire ce qu’elle voulait; elle méprisait cette emprise qu’il avait sur elle et sur ceux de son clan. Elle savait qu’il pouvait faire d’eux ce qu’il voulait, à tout moment, et cela ne lui plaisait pas du tout.
Elle décida d’agir pour contrer la fatalité. Elle allait porter son enfant, quelques soient les conséquences.
Ce fût le virage qui orienta sa vie entière. Elle en avait un peu conscience à l‘époque, mais elle ignorait encore à quelle point; et combien elle était naïve alors, imbue de sa propre témérité.
Cependant, elle ne regrettait pas. Bonne ou mauvaise, son action avait fait d’elle la redoutable tueuse du clan Malkin, et cette terrible sorcière, elle pouvait la regarder en face dans un miroir chaque jour sans ressentir de honte.
Toute emplie de détermination et d’inexpérience, elle avait convoqué le Malin. Il lui était apparu sous une apparence aimable, pressentant la raison de son appel. Beau garçon aux boucles brunes, il lui avait sourit en écoutant sa requête, et avait parlé d’une voix mélodieuse. Sa réponse était oui.
Elle s’était couchée sur le dos, nue. Et il s’était étendu sur elle, sans empressement, comme s‘il avait tout le temps du monde. Elle s’était attendu à souffrir, pourtant rien ne s’était passé comme prévu. Il avait jouit de son corps à satiété, satisfait de créer en elle un plaisir trouble qui lui nouait le ventre de colère et d’impuissance. Il s’était amusé d’elle et de son obstination en la pliant sous ses caresses, dans un dernier tour de force afin de lui prouver qu’il est le maître.
L’union n’avait pas duré longtemps, à peine une heure; néanmoins le pacte était scellé.
Elle n’avait pas pu s’empêcher de regarder ses yeux pendant l’acte, mais malgré toute l’intensité de son observation, elle n’avait pu détecter la moindre trace de malveillance dans le regard azuré de son partenaire. Il le cachait si bien que parfois elle oubliait presque.
Quand il était parti et qu’elle s’était relevée, elle avait les mains qui tremblaient et les larmes au bord des yeux. Bien qu’il ne lui ait pas fait aucun mal, bien qu’elle ait eu ce qu’elle voulait, son cœur en frémissait encore.
Elle avait l’impression de sortir d’un rêve et d’être ivre à la fois. Elle s’était empressée d’enterrer ses souvenirs très loin pour ne plus y penser. C’était la seule chose dont elle ne voulait plus rien savoir.
...
Neuf mois plus tard, elle avait mis bas. La grossesse avait été une chose pénible, mais elle l’avait enduré avec courage, considérant cela comme un sacrifice nécessaire; au fil du temps, elle avait tout de même ressenti un changement. Au départ, elle avait eu la crainte de porter un monstre, cependant ce sentiment s’était vite estompé. Elle avait eu raison d’y croire, car elle avait mis au monde un garçon tout ce qu’il y a de plus normal. La plus belle chose au monde.
Et à ce moment-là, il n’était plus question de faire le chemin toute seule. Elle imaginait son avenir avec lui, cet enfant qu’elle n’aurait jamais pu espérer avoir, et qui maintenant envahissait complètement son univers. Elle ne voyait plus son futur qu’à travers lui, elle fondait tous ses espoirs sur cet adorable bambin aux yeux si bleus, qui pinçait quelque chose dans sa poitrine de profondément enfoui. Il serait le compagnon de route dont elle n’avait jamais voulu, mais qui s’imposait alors comme une évidence. Elle était prête à le porter s’il était fatigué, à choisir la route en fonction de ses désirs, à marcher à son rythme. Elle ne se voyait déjà plus vivre sans lui.
C’est pour quoi, lorsque le Malin apparu pour la dernière fois auprès d’elle, afin de valider le contrat qu’ils avaient passés, il brisa ce qu’elle avait réussi à construire à partir de ce qu’il lui avait donné, et s’en fût en la laissant détruite.
Du moins…c’est ce qu’il croyait. Il avait sans doute pensé la conduire au précipice en agissant ainsi.
Alors qu’il n’avait fait que l’engager dans un virage…à cent quatre-vingt dix degrés. Un virage qu’il regretterait de lui avoir fait prendre.
...
Tu penses m’avoir blessée à mort,
Et bien tu as tort. Je me relève toujours.
Je suis Grimalkin.