Ce que faisait l'oncle Ford pendant ce temps-là
La colère rentrée de Stan pulsait sourdement dans la veine sur sa tempe, menaçant d'éclater à tous moments.
Il ne s'était pas énervé contre Dipper. Celui-ci portait encore sur le bras la marque de son inconséquence, et Stan savait à présent que les promesses qu'il pouvait lui faire étaient vaines. Son neveu était une tête de mule.
Mais il y avait une autre personne qu'il pouvait engueuler pour avoir permis que Dipper soit blessé.
- Stanford !, rugit Stan en prenant son frère en flagrant délit, en train de boire du lait à même la brique.
Ce dernier sursauta et renversa du lait sur son col.
- AH !, gronda-t-il en rebouchant la brique. C'est du beau travail ! Quoi ?
Ils se fusillèrent du regard un instant et Stan finit par attaquer :
- Je veux savoir ce que tu as fais avec Dipper. Je t'avais demandé de le laisser tranquille !
L'expression de Ford s'assombrit. Il pensait que Dipper saurait garder un secret. Cependant, peut-être avait-il été un peu naïf d'en attendre autant d'un gamin de douze ans - même si celui-ci était extraordinairement vif et intelligent pour son âge.
- Je n'y peux rien, il s'en ai mêlé tout seul.
- Stanford !, s'exclama Stan en se rapprochant, menaçant.
Il l'attrapa par les revers de son manteau et, à nouveau, Ford sursauta, surpris. Il fixa les yeux de son frère et n'y trouva aucune aménité.
- Je ne t'ai pas demandé une faveur. Je t'ai posé un ultimatum !, rugit Stan. Tu ne mets pas les enfants en danger et je te laisse mener ta petite vie peinarde, à mener tes expériences bizarres au sous-sol jusqu'à la fin de l'été.
Ford le repoussa dans une bouffée d'indignation.
- D'après ce que je me souviens, cet endroit m'appartient. Je t'y tolère uniquement parce que...parce que...
Soudain la tension entre eux deux s'atténua. Ford continuait de chercher ses mots : il ne savait plus pourquoi il avait laissé Stan rester au juste.
Les mains de son frère le relâchèrent. Stan recula en se grattant la tête sous son fez.
- Quel crétin !
Ford pinça les lèvres mais ne dit rien. Il referma le frigo et alla chercher une éponge qu'il mouilla afin de nettoyer son pull-over.
Stan s'adossa à la table, les muscles encore légèrement contractés, prêts pour une nouvelle confrontation.
.- Qu'est-ce que tu vas faire concernant Dipper ?, demanda-t-il finalement.
- C'est un garçon très doué, admit Ford.
- J'ai remarqué.
Le visage du scientifique s'adoucit sensiblement. Stan tenait vraiment à Dipper - et sûrement à Mabel tout autant. C'était étonnant de voir son frère se préoccuper de quelqu'un d'autre que lui-même. L'amertume qu'il ressentait à son égard diminua. Tout le monde change, en définitive...sauf lui.
Et sauf Bill, sans doute.
- Tu as sans doute remarqué que quand il a une idée en tête, c'est très difficile de l'en faire dévier.
Stan hocha du menton, grinçant des dents.
- Ouais, grommela-t-il à contre-coeur.
Ford reposa l'éponge sur le bord de l'évier.
- Je devine ce que tu penses. Mais je t'assure que tu te trompes. Il est aussi mon neveu, tu sais ?
- Ouais. Et tu le connais depuis seulement une semaine.
Les poings de Ford se serrèrent.
- Ne le lance pas sur ce sujet, prévînt-il. Je te ferais remarquer que si je n'ai pas pu les rencontrer avant, c'est en grande partie TA faute.
Son frère se renfrogna, sans pour autant répondre. Ford le ressentit comme une victoire personnelle. A présent, il avait envie de retourner dans son antre, à l'abri et seul.
Mais Stan s'interposa, bloquant la sortie.
- Je me fiche que tu ais des griefs envers moi : je peux vivre avec. Mais les enfants ne sont pas responsables. Je ne veux pas que tu te serves de Dipper pour me contrarier.
- Tu crois que je me sers de lui RIEN que pour te contrarier ?, s'énerva Ford. Ooooh, tout tourne autour de toi décidément. Parce que tu crois que je pense à TOI lorsque nous travaillons ? Il y a des choses plus importantes à faire que de nourrir notre antagonisme, Stanley. Des choses graves.
- Quoiqu'il en soit, arrête de mêler Dipper à tout cela !, s'exclama Stan.
- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi !
Ils s'empoignèrent brutalement, dans un même élan, sur le point d'en venir aux mains lorsqu'ils entendirent un couinement.
- Oncle Ford ! Oncle Stan !
Dipper se tenait sur le seuil de la cuisine, se tenait le bras. Ford remarqua alors la blessure, ainsi que plusieurs contusions sur ses mains.
- Qu'est-ce qui est arrivé ?, interrogea-t-il en venant vers lui, oubliant immédiatement la bagarre qu'il avait engagé avec son frère.
- Ne fais pas l'innocent, marmonna Stan - mais son ton était devenu plus incertain.
- Ce n'est rien, répondit le garçon tandis que son grand-oncle prenait son bras pour l'examiner. Je me suis blessé tout seul....
Il leva les yeux vers son oncle Stan.
- Ce n'est pas la faute d'oncle Ford. Je me suis fait ça tout seul, vraiment !
- C'est profond, constata Ford. Il a peut-être besoin de points de suture !
- Mais non. Un peu d'antiseptique et ce sera fini, grogna Stan.
Ford se tourna vers lui, furibond.
- Tu es irresponsable.
Tout à coup, les rôles étaient inversés. Stan se sentit mal à l'aise.
- Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai des trucs à faire, déclara-t-il.
Promptement, il s'éclipsa de la pièce, rapide comme une anguille.
- Reviens ici, espèce de parent indigne !, s'écria Ford en le poursuivant.
Dipper se retrouva tout seul. Il frissonna, les oreilles tintant encore des échos de la dispute.
Si l'oncle Stan apprenait pour Bill, il allait l'écorcher vif - et plus grave, l'empêcher de fréquenter l'auteur du journal.
Il avait promis à Ford de ne plus avoir de secret. Mais un tout petit comme celui-là ne fera de mal à personne. De plus, il ne voulait pas perdre sa confiance - pas si tôt après qu'il la lui ait offert - et créer de nouvelles disputes.
Non, il valait mieux qu'il garde l'anecdote pour lui.
Il se rendit alors compte qu'il avait oublié de ranger le bureau de l'oncle Ford.
- Zut !, s'exclama-t-il en tournant les talons.
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Date: 2015-09-21 01:29 pm (UTC)no subject
Date: 2015-10-09 04:36 pm (UTC)no subject
Date: 2015-10-09 06:44 pm (UTC)