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partie 2


La lame est un peu émoussée, alors il doit appuyer très fort pour lui permettre de s'enfoncer dans le bois. Il veut que la marque tienne dans le temps, aussi, une fois son R gravé, il repasse dessus pour être sûr que rien ne puisse l'effacer.
L'endroit est désert, mais à tout moment, il peut être surpris, et cela le rend inquiet. Il tend l'oreille constamment, mais les seuls bruits qui l'entourent sont le chant des oiseaux et le crissement de son couteau dans la barrière du Pont des Baisers.
Il fait chaud, c'est l'été, il devrait probablement être en train de s'amuser, mais il a l'impression que s'il ne le fait pas maintenant, il n'en aura plus jamais l'occasion. Personne ne le saura de toute façon, c'est un acte vain, pourtant il a besoin de le faire. Besoin que quelque chose subsiste derrière lui des sentiments qu'il éprouve aujourd'hui, même si ceux-ci ne seront jamais reconnus. Même si lui-même à du mal à le reconnaître.
Il y a énormément de choses qu'il se refuse à admettre, des choses qu'il ne veut pas regarder de trop prêts, de peur que cela ne bouleverse son monde. Il sait que s'il parlait de ses sentiments à la personne concernée, cela pourrait déclencher un tsunami, une réaction en chaîne dont il n'aurait pas le contrôle et qui pourrait le conduire à la solitude et au rejet.
Il préfère garder cela pour lui, l'enfouir au fond de lui-même jusqu'à oublier presque. Mais cette marque restera, indélébile en dépit du temps qui passe, et s'il oublie, elle sera toujours là. Ses sentiments existeront toujours quelque part, et cette idée le rassure autant qu'elle l'angoisse.
Rapidement, il trace un cœur autour de la lettre, et range le couteau. Il ne faut pas que sa mère s'aperçoive de sa disparition, sinon il risque de passer un sale quart d'heure.
Il monte sur sa bicyclette, et entends la voix de sa mère l'appeler d'ici, alors qu'ils n'habitent pas du tout à côté...
Eddie ouvrit un œil et il entendait toujours quelqu'un en train de l'appeler, mais ce n'était pas sa mère.
- Je suis là !, dit-il en se frottant les yeux.
La porte fenêtre s'ouvrit et Richie apparut. Il était en caleçon et t-shirt - orné d'un remake du poster God Save the Queen des Sex Pistols, où la tête de la reine était remplacée par celle de Donald Trump, toujours parée de sa couronne et de ses perles, avec l'inscription en dessous qui disait "God save the America".
Eddie remarqua alors l'expression de Richie. Cela ne dura que quelques instants, mais après avoir affronté ensemble le monstre millénaire des sous-sols de Derry, Eddie savait reconnaître la peur sur le visage de Richie.
- T'as trouvé mon hamac, fit remarquer ce dernier en venant sur le balcon.
En effet, Eddie s'était installé là après s'être réveillé en sursaut vers 9h et demi. Il avait peu dormi à cause du décalage horaire, pourtant la fatigue continuait de lui peser sur les épaules. Il avait vu le hamac et décidé de regarder le lever du soleil.
Sans s'en rendre compte, il s'était rendormi, et à présent il faisait quasiment jour.
- Fais-moi une place, réclama Richie en venant le rejoindre.
- Non ! Tu pourrais laisser ton invité profiter de la vue !, protesta Eddie en tentant de le repousser avec ses jambes.
Richie lui saisit les chevilles et s'assit. Le hamac se mit à tanguer.
- Arrête de t'agiter, tu vas nous faire tomber !, s'exclama Richie.
- Tu n'as qu'à pas t'incruster !
- Qui parle d'incruste, Monsieur Je-Débarque-Sans-Prévenir-À-Cinq-Heure-Du-Mat ?
- J'avais prévenu, tu n'avais qu'à écouter tes messages !, siffla Eddie en repoussant une des jambes de Richie qui reposait contre son torse.
- J'avais mieux à faire figure-toi, rétorqua Richie avec un soupçon d'agacement, peiné par son geste. Désolé si tu as pensé que j'allais rester à me morfondre tout seul dans le noir de mon appartement.
Eddie serra les mâchoires, ce qui lui envoya une vague de douleur dans la joue, lui rappelant la présence de son pansement et le besoin de prendre ses anti-inflammatoires. La colère le prit et il s'écria :
- En tout cas je ne pensais pas te trouver au lit avec un type sorti de nulle part !!
Richie vira au rouge, mais avant qu'il ait pu répondre, la fixation du hamac dans le mur céda et ils tombèrent par terre.
La tête d'Eddie frappa le dallage et aussitôt, Richie était à ses côtés, les mains sur ses joues, palpant son crâne.
- Eddie ! Tu n'as rien ? Est-ce que ça va ?
- Ça va, marmonna Eddie, prêt à le repousser.
Cependant, il croisa le regard de Richie. Son inquiétude refroidit ses intentions belliqueuses - il ne comprenaient même pas d'où elles venaient. Richie avait le droit d'avoir une vie. Il était celui qui était en tort, à s'être imposé chez Richie de cette manière. Il n'avait laissé qu'un seul message, comme s'il avait eu peur qu'en appelant plusieurs fois, il finisse par tomber sur Richie qui lui dise carrément d'aller se faire voir.
Mais il voyait bien, dans l'expression de Richie, que ce dernier ne l'aurait jamais laissé tomber. Ses paumes étaient tellement chaudes et réconfortantes sur sa plaie. Eddie le sentait réellement concerné, contrairement à Myra dont il avait senti une part de comédie dans ses démonstrations.
Richie ne cachait rien. Tout se lisait sur sa figure.
- Je vais bien, ajouta Eddie à voix basse en se redressant sur les coudes.
- Oh, dit simplement Richie en laissant retomber ses mains. Tant mieux.
Il regardait Eddie comme quelque chose de précieux, d'une certaine manière qui rendait Eddie faible dans les jambes. Il avait l'impression de fondre quand ils se touchaient, et là il était à moitié sur lui, il pouvait sentir la chaleur de son corps à travers les épaisseurs de tissus qui les séparaient.
La main d'Eddie se posa sur le cœur de Richie, et il fut surpris de s'apercevoir qu'il battait si fort qu'il pouvait le sentir en appuyant sa paume. Il tendit le cou, et sa bouche se posa lentement sur celle de Richie, très doucement.
Il aimait ce que Richie lui faisait ressentir lorsqu'ils étaient ensemble. Il avait toujours eu cet effet sur lui : libérateur. Eddie pouvait être une autre personne aux yeux de Richie. Il se sentait en confiance, il savait qu'il ne serait pas jugé s'il jurait, s'il disait des blagues foireuses ou qu'il avait peur. Richie se moquerait un peu de lui, mais sans méchanceté. Richie l'acceptait comme il était vraiment, comme jamais sa mère ou Myra ne l'avaient accepté. Il n'avait rien à dissimuler auprès de Richie.
Il comprenait qu'il n'y avait peut-être pas autant de barrières entre eux qu'il l'avait cru. Peut-être que les barrières étaient dans sa tête, et lorsque Richie gémit sur ses lèvres, ses battements de cœur s'affolant sous les doigts d'Eddie, pendant une seconde, Eddie était certain qu'il avait raison.
Ce n'était pas seulement lui.
Puis Richie s'écarta comme si une guêpe l'avait piqué, réduisant à néant les croyances d'Eddie.
Richie avait le souffle court, le visage écarlate. Il se plaqua la main sur la bouche et se releva rapidement, prêt à s'enfuir.
- Rich..., commença Eddie, désarçonné.
- Non !, l'interrompit Richie, les yeux humides. Je vais pas...je vais pas être ta "petite expérience gay".
Il dessina les guillemets avec ses doigts et battit des paupières.
- Tu viens de quitter ta femme. J'ai pigé, tu es déboussolé, t'as envie de tester de nouvelles choses mais....merde Eddie, fallait en profiter quand tu étais à la fac !
Il tourna les talons en ouvrant la porte fenêtre. Eddie se releva.
- Richie, attends !
- Fous-moi la paix !, cria Richie en courant presque.
Il rejoignit la salle de bain et claqua la porte. Eddie s'arrêta devant, sans pouvoir entrer évidemment.
Il posa le front contre le panneau de la porte et relâcha un soupir. Richie avait raison, il n'avait pas les idées claires, il avait agit impulsivement, sur le moment, sans réfléchir aux conséquences.
Il en avait eu envie. Et il en avait encore envie. Rien qu'en ce moment, son corps brûlait de se réfugier dans les bras de Richie et de parcourir son dos, sa nuque, avec ses mains, dans ses cheveux. L'embrasser et se perdre dans ces sensations.
Il l'avait déjà ressenti à Derry. Est-ce que c'était mal ?
Il avait réfléchi, et en avait conclu qu'il ne pouvait pas rester avec Myra s'il ressentait ce genre de choses pour quelqu'un d'autre.
Mais est-ce que c'était réel, ou dû au choc ? Est-ce que ces sentiments perdureraient ?
Quand ils étaient gosses, il avait fini par les oublier. Est-ce qu'il allait en être de même cette fois ?
Il prit la décision de sortir pour s'éclaircir les idées, ne pas rester devant cette porte close à retenir l'angoisse qui montait, lui réclamant son inhalateur alors qu'il savait qu'il n'en avait pas besoin.
Il prit son porte-feuille, son blouson, et il quitta l'appartement.
L'eau de la douche tombait en jet dru sur le receveur en en carrelage mat. Richie, la tête penchée, regardait le filet d'eau qui dégoulinait de ses cheveux se transformer en rivière entre ses pieds et couler en tourbillonnant dans le siphon. Il pensait à ce que l'eau devenait : elle voyageait le long des canalisations d'évacuation de l'immeuble, descendait au sous sol, puis disparaissait dans les égouts. L'idée d'être relié aux égouts ne l'avait jamais tourmenté jusqu'à maintenant, et ça n'aurait pas dû le tourmenter davantage maintenant, puisque la seule menace qui aurait pu peser sur lui était désormais abattue.
Mais s'il laissait ses pensées dériver, il revenait inévitablement à Eddie, et il ne voulait pas penser à Eddie pour l'instant. Il ne voulait pas se rappeler de la douceur sèche de ses lèvres contre les siennes, et du gémissement de contentement qu'il avait laissé sortir, qui avait forcément trahi ses sentiments.
Il pensait qu'après ses activités de la nuit passées, il serait rassasié. Jusqu'à présent, ça avait toujours fonctionné comme ça, d'une façon où d'une autre, il parvenait toujours à se satisfaire, et une fois que c'était fait, il n'en avait plus envie pendant un temps.
Il se mordit l'intérieur de la lèvres, les larmes lui montant aux yeux en même temps que le désir. Il ne voulait pas imaginer Eddie nu sous lui, c'était un manque de respect. Mais repenser à ses mains sur sa peau...
Rien que ça. C'était déjà trop, et il se masturba tout en se sentant horriblement coupable, ce qui rendait ça encore meilleur, il se caressa lentement, jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus et jouisse enfin.
Il put se nettoyer directement au jet et se rendit compte avec désarroi que même en pensant à des horreurs, il n'arrivait pas à chasser Eddie de son esprit.
C'était trop pour lui de l'avoir ici. A portée de main. Il croyait être capable de faire illusion, mais les événements avaient joué contre lui.
Trop de désir.
Il coupa l'eau et sortit de la cabine. Tout en enroulant une serviette autour de sa taille, il essuya la buée du miroir de l'armoire à pharmacie pour se regarder.
Les cheveux plaqués contre le crâne, il n'avait rien d'attrayant. Il avait les yeux cernés, le corps mal entretenu. Des rides, des bourrelets, des poils partout.
Il n'y avait rien à espérer. On ne trouvait pas l'amour à son âge, sauf si on s'appelait Brad Pitt.
Ou Eddie Kaspbrak. Oui, Eddie finira bien par trouver quelqu'un d'autre. Il était très séduisant, il avait de l'argent, un travail qui rapportait, de bonnes manières, un caractère effacé. N'importe quelle femme serait ravie d'avoir un Eddie Kaspbrak à se mettre sous la dent.
Et Eddie, doux comme il était, il se laisserait attirer dans les filets de la première venue à lui donner un peu d'attention. Après tout, il avait suffit que Richie lui en donne un peu pour qu'il cherche à l'embrasser.
Richie frissonna et frotta la chair de poule sur ses bras. S'il était un parfait connard, il en aurait profité. Il aurait enfin assouvi ses fantasmes en entraînant Eddie dans son lit, et il lui aurait fait l'amour comme aucune femme n'avait pu le faire avant lui. Il aurait tout fait, tout pour le rendre accro au plaisir qu'il pouvait lui apporter, et jamais Eddie n'aurait alors eu l'idée de le quitter.
Mais il ne pouvait pas faire ça. Il aimait Eddie et il ne voulait pas lui faire de mal. Il serait malheureux que ses sentiments ne lui soient pas retournés, toutefois il ne voulait pas tromper Eddie en le manipulant. Il n'était pas ce genre de personne. Il ne voulait pas forcer Eddie à l'accepter.
Il aurait voulu qu'Eddie le choisisse librement, sans influence.
Il aurait voulu qu'Eddie l'aime comme il l'aimait, tout simplement.
D'un geste las, il ouvrit l'armoire à pharmacie, en parti motivé par le désir de ne plus voir le reflet de sa mine déconfite. Il prit son matériel de rasage et commença le travail. Sa barbe de quelques jours lui donnaient l'air encore plus fatigué qu'il ne l'était.
Lorsqu'il eut terminé, il prit une profonde inspiration et sortit de la salle de bain.
Eddie n'était plus devant la porte, comme il s'y attendait. Il s'empressa de rejoindre sa chambre pour y enfiler des vêtements. Il prit le temps de jeter ses habits sales dans la panière adéquate, de changer les draps et d'aérer un peu la pièce. Il rangea également les préservatifs et le lubrifiant qu'il avait utilisé la veille, s'assurant que les capotes usagées se trouvent au fond de la corbeille, là où Eddie ne risquait pas de les voir s'il passait dans le coin.
C'était une précaution idiote, motivée par la honte, et il n'aurait pas dû avoir honte. Il tentait de s'en persuader, pourtant il prit soin de remplir la corbeille avec divers détritus pour cacher son contenu.
Il nettoya ses lunettes, les chaussa, puis quitta la chambre.
- Eddie ?
Seul le silence lui répondit. Il se dit que son invité devait se trouver à nouveau sur la terrasse. Il récupéré sa boîte à outils dans un placard, bien décidé à s'occuper en même temps de la fixation du hamac.
Pourtant, il n'y avait personne sur le balcon.
Soucieux, il rentra à nouveau dans l'appartement et appela Eddie. Ce dernier avait bien laissé ses affaires, mais il ne répondait pas.
Richie dut se rendre à l'évidence : il était parti.
A cette constatation, l'anxiété lui noua les tripes, comme plus tôt dans la journée.
Il chercha son téléphone dans sa chambre et pianota fébrilement sur les touches :
"Tu es où Spaghetti ? Si tu reviens pas je considère que tes bagages sont à moi 😄"
La réponse arriva presque aussitôt, rassurante :
"Si je retrouve mon costume Armani sur ebay, je brûle toutes les foutues chemises hawaïennes de ta penderie !"
Richie pouffa et s'assit en tapant sa réponse :
"Elles sont ignifugées. Tu ne peux rien contre moi héhéhé 😈"
Il attendit quelques minutes en souriant béatement, puis, alors qu'il allait ranger le téléphone pour retourner faire ses réparations sur le balcon, son portable vibra à nouveau, et cette fois, il y avait une vidéo dans le message.
Il l'ouvrit, définitivement amusé de ce petit échange. L'image d'Eddie apparut à l'écran. Il était dans la rue, près d'une fontaine que Richie connaissait bien, ainsi il pouvait deviner où se trouvait Eddie et ce n'était pas bien loin de l'appartement.
"J'ai trouvé quelque chose qui va hanter tes nuits ! C'est ta punition pour m'avoir fait tomber du hamac ce matin !", clama Eddie avec un sourire légèrement crispé à cause de son pansement - il avait forcément dû oublié de prendre ses anti-douleurs avant de partir, et Richie s'en voulut un peu car il en était peut-être en partie la cause.
Le visage d'Eddie disparut alors qu'il filmait le trottoir, et soudain un loulou de Poméranie en laisse apparut. Il se mit à frétiller de la queue et avança. Le téléphone recula, comme si Eddie avait peur de le voir approcher.
Malgré le mauvais souvenir qui était associé à ce petit chien, Richie ne put s'empêcher de glousser et se plaqua la main sur la bouche. Eddie était vraiment trop attachant.
"Et voilà", fit Eddie en revenant à l'écran. "Méfait accompli ! A toute à l'heure"
La vidéo se coupa.
Richie déglutit. Il avait envie de re-regarder la vidéo, re-regarder le visage d'Eddie, encore et encore, mais il s'évertua à recouvrer son calme. Il devait garder ses émotions sous contrôle en attendant qu'Eddie revienne. Ils pourraient sans doute discuter de ce que ce dernier comptait faire, sachant que sa présence était compliqué pour Richie. Bien sûr, il ne le chasserait pas, mais il allait falloir trouver une solution, car à ce rythme, Richie risquait de craquer et de tout lui avouer.
Il soupira et retourna à ses bricolages sur le balcon.


partie 4

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