Le mariage de Ben et Bev fut l'occasion pour le club des Ratés de se réunir à nouveau.
Ils gardaient le contact régulièrement grâce à internet et aux téléphones portables, même s'ils vivaient éloignés les uns des autres.
Mais être ensemble tous en même temps, c'était différent. Il y avait entre eux une connexion unique, un lien particulier qui rendait leur rencontre mythique, et ils étaient heureux de se retrouver.
Bill amena Audra au mariage et ils purent ainsi faire sa connaissance. Elle était exactement telle qu'il la décrivait : à la fois agaçante et charmante, mais jamais ennuyeuse.
La cérémonie se déroula en plein air sous un soleil radieux. Ben portait un smoking gris perle très sobre tandis que Bev exhibait l'une de ses créations, une ravissante robe en satin ornée de perles.
Assis au premier rang entre Richie et Mike, Eddie lâcha quelques larmes, le sourire aux lèvres.
Ils dansèrent, ils burent, et tout le monde partis en voiture pour le restaurant que le couple avait réservé pour célébrer l'événement.
Durant le trajet, Eddie resta silencieux un long moment. Richie, qui conduisait, lui jeta un coup d’œil en coin avant de mettre les pieds dans le plat :
"Ya quelque chose qui te tracasse, Spaghetti ? Je vois des rides sur ton sublime front.
- C'est parce que je me fais vieux, Richie, rétorqua Eddie en fixant l'horizon.
- On a le même âge !!, s'exclama Richie d'un ton faussement offusqué. Et je ne suis pas vieux !
Eddie gloussa :
- C'est vrai qu'on dirait toujours un môme de 12 ans quand tu parles !
- C'est pas ce que disais ta mère quand je lui apprenais toutes les positions du Kamasutra !
- Oh Seigneur !, s'exclama Eddie en ricanant d'un air coupable. Tu es dégueulasse.
- C'est pour ça que tu m'aimes, susurra Richie.
- Ça et le reste, répliqua Eddie, amusé.
Richie sourit, tout en se concentrant sur la route. Il était bien là, à côté d'Eddie, avec la perspective d'un bon repas et d'une fête avec leurs meilleurs amis. C'était difficile d'imaginer qu'il y a de ça un peu plus d'un an, il était seul avec un début d'alcoolisme et des plans cul d'une nuit.
- Et encore, tu n'as pas vu la bête que je suis au pieu !, déclara-t-il fièrement.
Aussitôt les mots prononcés, il les regretta. Il ne voulait pas mettre la pression à Eddie. Ils étaient ensemble depuis un moment à présent, mais ils n'étaient jamais allés au delà du câlin et un peu de masturbation mutuelle.
Il ne se plaignait pas. C'était agréable, et il était satisfait. Il se demandait juste si ça allait arriver un jour, si Eddie avait envie de ça avec lui, ou si ce serait toujours non. Et si c'était non, pourquoi ? Est-ce que c'était à cause de lui ? Parce qu'Eddie avait peur de l'intimité entre eux ? Ou bien il ne voulait pas être en-dessous ?
Est-ce que Richie devrait proposer d'être passif ? Il n'avait jamais aimé ça, mais il supposait que ce serait différent avec Eddie.
Tout était différent avec Eddie.
- T'es bête tout court, ça me suffit, le tacla Eddie.
- Oooooh, Monsieur Kaspbrak, voilà qui est fort désagréable ! Vous dormirez sur le canapé ce soir !
- Il n'y a pas de canapé dans notre suite, rétorqua Eddie avec flegme. Tu vas être obligé de dormir avec moi.
- Tu veux dire, comme d'habitude ? Quelle horreur ! Moi qui avait envie de changement...
Il y eut un blanc, puis Eddie reprit la parole, à voix basse :
- Du changement hein ?
- Je plaisantais, répondit immédiatement Richie.
Il ne voulait pas qu'il y ait la moindre ambiguïté sur ses sentiments. Il n'avait jamais été question, à aucun moment, de se séparer de lui ou de le tromper. Ça ne lui était jamais venu à l'esprit et il espérait bien qu'à Eddie non plus.
Il était très bien là où il était, et après l'épreuve qu'avait été le divorce d'Eddie, il comptait bien s'arrimer à ce dernier et ne plus le laisser lui échapper.
Il avait rencontré Myra anciennement Kaspbrak durant la procédure et ainsi découvert qu'il avait effectivement toutes les raisons de la détester. D'autant qu'Eddie ne cessait de la défendre en rappelant que ce n'était pas elle qui était en cause, c'était lui.
Il avait aussi insisté pour que Richie se présente uniquement comme ami, surtout pas comme petit-ami. Il avait dit que cela n'aurait fait qu'envenimer les choses, avis auquel Richie avait bien été obligé de se ranger, bien que son naturel provocateur l'ait démangé tout du long. Il aurait adoré voir le faciès de l'ex d'Eddie se déformer de stupéfaction en les voyant s'embrasser au milieu de la salle des négociations.
Plutôt que négociations, il avait plutôt s'agit de culpabilisation : elle n'avait cessé de rappeler à Eddie ce qu'il lui devait, tout ce qu'elle avait fait pour lui, tout ce qu'elle avait sacrifié. Plus elle parlait et plus elle rappelait à Richie la mère d'Eddie - physiquement, elle n'était pas sans une certaine ressemblance en plus.
Il savait qu'il était biaisé envers elle depuis le début, mais le fait qu'Eddie lui ait demandé de l'accompagner était suffisamment flagrant.
Elle l'écrasait. Son Eddie, si brillant, drôle, fantasque, réduit au rôle de sous-fifre servile de cette détestable mégère.
Ses pensées continuèrent de vagabonder et il se demanda s'il avait eu des rapports sexuels avec elle, et à partir de quand dans leur relation. Il craignait que le fait qu'ils soient deux hommes rende la chose compliquée pour Eddie s'il n'avait que des expériences hétérosexuelles.
Il haïssait plus que tout l'idée qu'elle ait eu quelque chose qu'il ne puisse pas avoir. Cependant, ce n'était pas à lui de décider. Et d'ailleurs, il n'était sûr de rien.
Le GPS annonça qu'ils arrivaient à destination. Richie tourna le volant et entra sur le parking du restaurant, afin de se garer près de la jaguar de Bill.
- Le fils de pute, clama-t-il en détaillant la voiture une fois sorti de la sienne.
Eddie claqua sa portière.
- Niveau sécurité, ce n'est pas le meilleur des véhicules, fit-il remarquer.
- Eddie, chéri, on ne conduit pas ce genre de bijou pour la sécurité.
- Les gars !, appela Mike depuis l'entrée en leur faisant signe.
Ils pénétrèrent dans le restaurant.
- Ce repas s'est passé largement mieux que le dernier qu'on a partagé au restau à Derry, déclara Richie en soupirant d'aise et en caressant son ventre bien rempli.
- Pourquoi, qu'est-ce qui s'est passé ?, demanda Audra.
Bill grimaça dans son dos en suppliant Richie du regard pour qu'il se taise, et celui-ci prit un malin plaisir à poursuivre :
- On a passé une excellente soirée, mais à la toute fin du repas, au moment de manger les petits biscuits chinois - tu vois, ceux avec un message dedans - Eddie a eu une crise d'asthme. Puis Mike, qui était complètement pété, il faut bien le dire, c'est mis à frapper la table avec sa chaise. J'étais moi-même bien torché, et en sortant, un gosse m'a reconnu, et je lui ai crié dessus...
Il se passa la main sur le visage, sans s'apercevoir de la mine de six pieds de longs que tirait Bill.
- Je suis pas très fier de ça, j'aurais peut-être pas dû...
- Bip Bip Richie !, s'exclama Mike.
Il inclina la tête vers Audra, souriant :
_ On était tous tellement heureux de se revoir qu'on a pas mal picolé cette soirée là. Mais promis, on a retenu la leçon !
- Excusez-moi, je vais aux toilettes, dit Bill en se levant.
- Tu veux que je te la tienne ?, proposa Richie, goguenard.
Eddie lui claqua l'épaule en lui jetant un regard noir. Richie tourna son attention vers lui, ravi.
- Tu es jaloux, Eddie Spaghetti ?
- J'ai surtout honte. Mais ça m'étonnerait que tu saches de quoi je parle.
Richie enroula son bras autour de son cou et l'embrassa sur la joue avec un bruit humide exagéré. Eddie le repoussa en rougissant.
- T'es mon coloc depuis un an et t'es toujours pas vacciné à la honte ? Va vraiment falloir que je me penche sur ton cas, mon petit Eddie !
- Vous vivez ensemble ?, demanda Audra, étonné.
Évidemment, quand ils étaient en public, ils ne pouvaient pas s'empêcher de se disputer, donc c'était sans doute surprenant pour quelqu'un qui ne connaissait pas leur dynamique de les voir si proches. Cela laissa néanmoins un goût amer à Richie, parce qu'en dépit de leur amitié avec les gens assis à cette table, aucun d'eux n'était au courant pour leur relation.
- Il est venu squatter chez moi après son divorce, répondit Richie.
- Eddie et Richie ont toujours été comme ça, expliqua Ben. Ils se chamaillent mais en vrai ils s'adorent.
- Dis donc, Meule de Foin, je ne me rappelle pas avoir dis que j'adorais cet imbécile !
- Mais va te faire foutre Tozier !, s'exclama Eddie.
- Avec ta mère, sans problème, Kaspbrak !, susurra Richie.
- Elle te plaisait tant que ça ma mère ?
- Elle avait tes yeux de biche en tout cas.
- Retire ça ou je te casse en deux !
- Et comment, avec tes bras en marshmallow ? Tu te souviens de notre dernier bras de fer ?
- J'ai failli gagner !
- Dans tes rêves ouais !
- Ah ouais ?
- Ouais !
Bev secoua la tête, attendrie :
- Ils n'ont pas changé d'un poil. Toujours aussi insupportables.
Ben se pencha à son oreille et lui chuchota quelque chose. Elle gloussa et il lui prit la main sur la table, le sourire chaleureux.
À l'extérieur du restaurant, une brise printanière soufflait doucement. C'était agréable et Bill soupira profondément.
Il avait l'impression d'être le seul à conserver des regrets. Ils avaient vaincu Grippe-Sou, Ça. Ils avaient vengé Georgie - et Stanley, et Betty Ripsom, et tous les autres enfants morts.
Mais à présent qu'il se souvenait d'eux, il avait toutes les peines du monde à se lever le matin en se disant que tout irait pour le mieux. C'était terriblement contradictoire car après tout la seule menace qui avait pu peser sur sa vie et celle de ses amis avait disparu. Pourtant, il voyait l'avenir comme un long couloir sans fin.
Sans but.
Il avait retrouvé l'inspiration. Cela lui permettait, pendant qu'il écrivait, de ne pas penser à la réalité.
Le mariage de Ben et Bev lui avait fait questionner son propre mariage. Il avait peur que ce qu'il avait vécu l'ait abîmé et qu'Audra ne reconnaisse pas l'homme qu'elle avait épousé.
Il était différent à présent et sa pire crainte était qu'elle ne découvre que ces changements n'avaient rien de positifs.
Il se sentait plus sombre. Moins impulsif, certes, moins casse-cou - il avait eu assez d'émotions fortes pour toute une vie - mais plus prompt à la mélancolie et au chagrin.
Son lui du passé lui paraissant plus léger, plus drôle et heureux, rétrospectivement.
Et surtout il n'avait rien à cacher à sa femme. Cette aventure à Derry...il ne pouvait rien lui dire et cela lui pesait lourdement sur les épaules..
Ses réflexions furent interrompues par une voiture se garant dans le parking à quelques mètres de là. Il vit un homme descendre et se diriger d'un pas décidé quoiqu'un peu vacillant, vers l'entrée.
Quand il passa devant lui, Bill lui lança :
- Désolé, le restaurant est réservé pour le mariage d'une amie.
- Ta gueule, répondit l'autre tout bas avant de pousser la porte.
Bill fronça les sourcils. L'homme était visiblement ivre.
Un sentiment d'urgence l'envahit et il le suivit.
- Hey ! Je vous ai dis que...
L'homme se retourna brusquement et frappa Bill au visage. Ce dernier tomba en arrière contre une table et s'effondra en faisant tomber un vase ornemental. Le fracas attira Richie, qui poussa un juron :
- Nom de Dieu !
- Où est ma femme ?, gronda l'agresseur. Bev ? BEEEEV !
Aussitôt le reste du groupe les rejoignit et Richie bloqua le passage à l'ex-mari de Bev qui beuglait des "Viens ici !" en direction de la salle où ils prenaient le repas.
- Wow, t'as forcé sur l'eau de Cologne mon gars, blagua Richie en l'attrapant à bras le corps. C'est quoi ton parfum, Whisky Chanel n°5 ?
- Dégage pédale !, l'insulta l'autre en le repoussant.
- Tu vas commencer par te calmer, déclara Richie, plus sombre. T'es pas en état de faire quoique ce soit, t'es complètement déchiré...
- De quoi j'me mêle ?, baragouina l'ancien compagnon de Bev.
Mike et Eddie aidèrent Bill à se relever. Ce dernier alla au contact avec son agresseur.
- Tu lui as pas fait assez de mal comme ça, salopard ?
- Bill, avertit Mike.
- Vous z'êtes qui d'abord ?, cria l'ivrogne d'une voix rauque. Vous débarquez de nulle part, un coup de fil et paf, elle veut p'us me voir...et elle d'mande le DIVORCE ?
Bill le bouscula avec fureur.
- Tire-toi ! T'as rien à faire ici ! Ne viens pas gâcher sa vie plus que tu ne l'as déjà...
L'autre l'empoigna par le col et une nouvelle fois, Richie tenta de retenir l'individu tandis que Mike faisait reculer Bill.
Audra appela ce dernier et il la regarda, le visage livide et un hématome se formant sur sa joue. Elle se rua entre eux et Richie tira l'autre en arrière pour la protéger. L'ex de Bev se débattit et lui donna un coup de coude dans le nez, faisant voler ses lunettes.
- Richie !, s'exclama aussitôt Eddie en le rejoignant. Tu vas bien ??
Richie se tenait le nez. Il lui sourit, du sang sur les dents, pouce en l'air.
- Au poil !
L'ex de Bev les fusilla du regard tour à tour.
- Bande d'enculés, je vous prends tous quand v...
- Ça suffit !
L'attention générale se porta sur Ben qui venait d'apparaître.
- Ça suffit, dit-il plus calmement.
- C'est toi !, hurla l'ex-mari. C'est toi qui m'a piqué ma gonzesse !
Il se jeta sur Ben, mais celui-ci lui tapa dans le genou suffisamment fort pour qu'un craquement retentisse et fasse s'effondrer son agresseur.
Puis il s'accroupit, s'assit sur son dos et lui tordit le bras dans le dos.
L'autre cria à plein poumons :
- Beeeev ! BEEEEEV !!!
- Elle ne viendra pas, prévînt Ben d'une voix froide. Elle voulait le faire mais je lui ai dis qu'elle n'était pas obligée. Elle ne vous doit rien.
- C'est MOI qui est fait d'elle ce que...
- Vous lui avez fait du mal, c'est tout ce qui m'importe. Et moi vivant, ça ne se reproduira jamais, gronda Ben.
Il se pencha et chuchota à son oreille, la voix rauque et pleine de menace contenue à grand peine :
- Et ce ne sont pas des paroles en l'air.
Son emprise s'appesantit sur le bras de l'ex-mari de Beverly, le faisant couiner de douleur.
Pendant ce temps, Eddie qui avait rejoint Richie, lui prit le visage dans les mains.
- Est-ce que ça va ? Tu saignes !
Aussitôt, il se mit à farfouiller dans sa poche pour en sortir un paquet de mouchoirs, et essuya délicatement la lèvre supérieure de Richie. Ce dernier rougit en clignant des yeux, presque aveugle sans ses lunettes.
- On est en public, murmura-t-il.
Eddie ne répondit rien, mais cessa ses soins. Il ramassa les lunettes de Richie, dont l'un des verres était fendu.
- Mon opticien va croire que je fais exprès pour le voir plus souvent, rigola Richie en les enfilant.
- Je t'interdis de me tromper avec le pharmacien, stupide myope, l'avertit Eddie à voix basse.
Richie gloussa, prit d'une envie soudaine de le prendre dans ses bras et de l'embrasser jusqu'à ce que sa petite moue se change en sourire.
Mais il ne pouvait pas. Ils n'étaient pas seuls, et puis ce n'était clairement pas le moment.
Après que la police soit intervenue, les Ratés se retrouvèrent sur le parking. Bev sortit au bras de Ben, la tête basse.
En les voyant arriver, Richie lança :
- Heureusement que vous vous mariez qu'une seule fois !
- Bip bip Richie !, lança Mike tandis qu'Eddie lui donnait un tout mais peu discret coup de coude dans les côtes.
Bev sourit, les yeux humides. Son maquillage avait légèrement coulé et tous pouvait voir qu'elle avait pleuré. Richie s'approcha.
- Pardon ma belle, s'excusa-t-il. Chuis un vrai connard parfois.
- Rien de neuf sous le soleil, répliqua Ben. Richie lui jeta un coup d’œil mais il souriait. Bev aussi.
- Quand tu te marieras, j'appellerais toutes tes ex pour qu'elles viennent te donner ce que tu mérites, prévînt Beverly en lui donnant un petit coup de poing dans l'épaule.
- La liste est longue, répliqua Richie. Autant carrément inviter toute la Californie !
Tout le monde se tourna vers Eddie qui venait de prendre la parole. Il parut brièvement surpris et s'humecta les lèvres, embarrassé. Il fixa Richie un instant avant de déclarer :
Il y eut un silence, durant lequel Eddie posa soigneusement ses mots, les yeux rivés à ceux de Richie qui n'osait piper mot.
- Je vis avec Richie depuis plus d'un an et...pas juste en tant qu'amis. On est en couple.
Il lui saisit la taille pour le rapprocher de lui et l'empêcher de faire une blague qui ruinerait tout. Puis il ajouta d'une voix plus forte :
- On est amoureux et je voulais que vous le sachiez. Vous êtes nos meilleurs amis, alors on n'a aucune de raison de se cacher !
Aussitôt, Bev s'éclaira :
- Félicitations ! Je suis tellement contente pour vous !
Elle tapota le bras de Richie qui pour la première fois semblait à court de mots.
- L'attente a dû être longue.
Ben, encore sous le choc, se tourna vers elle :
- Tu le savais ?
- Comment ça se fait que TOI tu ne le savais pas ?, contre-attaqua Beverly. C'était sous tes yeux depuis le début !
- Hey ! J'étais pas AUSSI flagrant que ça, protesta Richie.
- Oh seigneur Richie, excuse-moi, mais la subtilité n'a jamais fait partie de ton répertoire, se moqua gentiment Bill, qui portait un magnifique pansement sur la figure.
- Tu savais aussi ??, s'étouffa Ben avec surprise.
Bill hocha la tête avec un sourire puis il se tourna vers Audra pour l'enlacer.
Ben se donna une claque sur le front.
- Je me sens trop bête.
- Tu n'es pas le seul !, intervint Mike.
Il regarda Eddie.
- Est-ce que je peux demander...depuis quand ? Juste pour savoir si Ben et moi sommes des ahuris complets ou pas ?
Richie commença à se détendre et ricana :
- Pour ça, pas besoin de vous poser la question, les gars.
- Depuis l'adolescence, en ce qui me concerne, répondit calmement Eddie.
Richie s'étrangla :
- Qu....Quoi ?
- Tu ne savais pas ?, fit Eddie.
- Non. Non ! Si j'avais su, je t'aurais dis ce que je ressentais à ce moment-là !!, s'écria Richie.
- Franchement Richie, après l'épisode du hamac dans la cabane, tu aurais dû te poser quelques questions, dit Bill.
- Et quand Eddie a écrit loVer sur son plâtre, tu n'as pas pensé qu'il pouvait être amoureux de quelqu'un ?, rajouta Bev. Il aurait pu écrire n'importe quoi d'autre, tu sais ?
Eddie se cacha le visage dans les mains.
- Arrêtez, j'ai honte ! À l'époque, je pensais que personne ne remarquerait rien.
- Vous étiez trop mignons tous les deux, à vous tourner autour sans cesse pour vous faire remarquer l'un par l'autre, s'amusa Bev, les yeux pétillants en dépit de la fatigue et des évènements qui s'étaient produits dans la soirée.
- C'est pour ça que vous étiez toujours surexcités quand vous étiez ensemble, fit remarquer Ben. Je m'étais déjà fait la remarque que vous étiez nettement plus calme quand...
- Bon, bon, on va pas en chier une pendule, coupa Richie.
Il jeta un coup d’œil à Eddie qui était visiblement mortifié. Il soupira et lui ébouriffa les cheveux, s'attirant des protestations outragées de sa victime.
- C'est le destin, lança-t-il avec l'une de ses voix les plus dramatiques. L'Amour triomphe de tout y compris des années qui passent ! Regardez comment il a réuni ces deux êtres que tout opposaient ! La bimbo et le génie - c'est Ben la bimbo, je précise au cas où vous seriez lent à la comprenette, comme Ben et Mike.
Bev rit poliment et Ben demanda :
- C'était le discours que tu avais préparé pour le toast ?
- Ouais, mais celui de Bill était vachement bien aussi, donc j'ai voulu lui laisser un peu de gloire. Le pauvre, être obligé d'écrire toute sa vie, quel ennui ! Personne pour faire les blagues à sa place...
Il fit un clin d’œil à Audra.
- Heureusement qu'il y a des petites compensations.
- Tu es lourd, grogna Eddie.
- C'est pour ça que tu m'aimes, Spaghetti !, susurra Richie.
Son interlocuteur détourna les yeux.
- Pourquoi tu ne peux pas être sérieux cinq minutes ?
- Je pense que ça me tuerait. Alleeeez, fais pas la tête !
Eddie leva les yeux au ciel.
- Je pense qu'on va rentrer à notre hôtel, lança Bill. Un peu de repos après toutes ces émotions ne nous fera pas de mal.
- Et avec un peu de chance tu ne déclenchera pas une nouvelle bagarre, ajouta Audra, sans se démonter lorsque son époux lui jeta un regard indigné.
- Je prot...
- Oui oui, tu es un héros, on sait !, s'exclama Audra. Mais j'aimerais que tu fasses un peu plus attention à toi. Je ne veux pas te récupérer en miettes comme...
Elle se tût soudain comme si elle en avait trop dit.
Le couple se regarda, et comme plusieurs fois dans la soirée, c'était comme si ils communiquaient sans se parler.
La jeune femme lui prit les mains, semblant oublier ce qui les entourait :
- Je ne veux pas te perdre Bill. Je sais que...tu as traversé quelque chose dont tu ne souhaites pas me parler. Je peux respecter cela. Mais je t'en prie, ne me repousse pas quand j'essaye de te faire comprendre combien je tiens à toi.
- Je ne te repousse pas, souffla Bill en la fixant. Je n'ai jamais voulu ça.
Il déglutit avant de reprendre :
- J'ai réalisé à quel point la vie est brève...et je veux la passer avec toi !
- Désolé de vous interrompre, intervint soudainement Ben.
Tous les regards se tournèrent vers le marié, qui haussa les épaules avant de poursuivre :
- Je pense qu'il est l'heure de se séparer. On a eu de sacrées émotions fortes et pour tout dire...je suis épuisé. Vous êtes tous les bienvenus pour le petit déjeuner bien sûr. Promis, aucune bagarre de prévue.
- Oh zut alors !, s'exclama aussitôt Richie.
- Sur ce, bonne nuit tout le monde, on se retrouve demain, lança Bill, main dans la main avec Audra.
Le regard de Richie s'attarda sur leurs doigts entrelacés. Il aurait aimé faire ça. La soirée avait été difficile sur la fin et il avait envie de réconfort, comme n'importe quel être normalement constitué. Cependant il était gêné de s'exhiber même s'ils étaient tous au courant - après tout il avait passé sa vie à se cacher - mais surtout il était fâché contre Eddie et il n'arrivait à trouver la manière adéquate de réagir.
Il pouvait dissimuler son malaise mais est-ce que c'était la bonne chose à faire ?
Durant le trajet de retour, il ne pipa mot.
Sur le siège passager, il sentait Eddie irradier l'angoisse pourtant il n'arrivait pas à trouver comment lui adresser la parole.
Il avait fini par mettre le doigt sur l'émotion déplaisante qu'il ressentait.
La trahison.
Si Eddie s'inquiétait pour Beverly, Richie n'allait pas se fatiguer à le rassurer. Déjà parce que lui-même était inquiet, et puis son côté le plus mesquin pensait qu'Eddie le méritait pour avoir fait leur coming out sans en parler avant.
C'était ça qui choquait Richie le plus. Il avait confié à Eddie qu'il avait toujours été discret sur son homosexualité pour ne pas que sa carrière en pâtisse. Il pensait Eddie suffisamment malin pour comprendre qu'il s'agissait aussi d'une crainte d'être jugé. Même ses propres parents n'étaient pas au courant - bien qu'ils doivent sans doute s'en douter, raison pour laquelle il évitait autant que possible les réunions familiales.
Richie vivait dans le placard et il croyait qu'Eddie le comprenait et ne le forcerait pas à en sortir, vu qu'il était hétéro.
Il ouvrit la porte de leur chambre et à la vue du lit 2 places, il réalisa qu'ils avaient deux points de vue sur la situation qui n'allaient pas ensemble. Il avait été stupide de s'imaginer un avenir avec Eddie : c'était voué à l'échec.
- Richie...
L'interpellé sortit de sa torpeur et passa le seuil sans parler. Il retira son blouson et le jeta sur une chaise
Eddie enleva son manteau et le suspendit soigneusement à la patère dans l'entrée. Richie s'assit sur le lit pour défaire ses chaussures et c'est alors qu'Eddie prit la parole :
- Tu es en colère.
Richie releva la tête, surpris de l'entendre dire tout haut ce qu'il pensait tout bas. Il se renfrogna et défit ses lacets.
- Ah bon, tu crois ?
En prononçant ces paroles, il s'aperçut qu'en effet, il était prodigieusement agacé. Eddie était un control freak, il avait bien des défauts, mais c'était la première fois qu'il le blessait, car malgré tout il était toujours le plus attentionné d'eux deux, et Richie s'était habitué à leur vie de couple si tranquille.
Il se rendit compte qu'il n'avait jamais pris leur relation suffisamment au sérieux pour s'énerver alors qu'Eddie avait au contraire toujours tamporisé dès qu'une aspérité apparaissait.
Au fond de lui, il en avait profité à fond parce qu'il restait persuadé que tôt ou tard ils redeviendraient de simples amis.
- Je ne voulais pas qu'ils sachent, admit Richie sombrement.
- Je suis désolé, répondit aussitôt Eddie. J'ai juste...j'ai juste pensé qu'ils ne nous jugeraient pas et...j'en avais assez de mentir.
Richie soupira :
- Je sais. Mais tu comprends pas. Les gens...tu as beau les connaître, tu ne peux jamais savoir. Ils peuvent avoir l'air tolérant et dire qu'ils n'ont rien contre le gays...mais une fois qu'une personne proche d'eux fait son coming out....c'est une chose de dire qu'on est tolérant envers les gays à la télévision mais c'est différent d'en côtoyer un. Crois-moi, avant d'annoncer à tout le monde que tu es pédé, tu devrais y regarder à deux fois.
Le visage d'Eddie se crispa sous l'injure et il grimaça. Richie le fixa gravement.
- Et ne décide pas pour moi, ajouta-t-il avec un soupçon de rancune. Si tu as envies de porté un drapeau arc-en-ciel ça te regarde mais me mêle pas à ça.
Il s'en voulait tellement de dire ça. En s'entendant parler il avait l'impression d'être vieux et aigri.
Il se réconforta en se rappelant qu'il avait l'expérience qu'Eddie n'avait pas.
Ce dernier eut une réaction naïve. Il s'offusqua.
- Tu as honte de moi ?
- Nan Eddie, déclara Richie en soupirant. J'ai peur pour toi. J'ai peur que tu te rendes pas compte que tu nous mets en danger en nous exposant. Et j'aimerais que tu me demandes mon avis avant de le faire.
Eddie demeura pensif un instant. Il hocha doucement la tête.
- Je...me suis peut-être emballé.
- Emballé hein ?, ricana Richie.
- Quand il t'a frappé, avoua Eddie abruptement. J'ai eu envie de te protéger, mais je n'ai servi à rien, puis après, je voulais te serrer contre moi, mais je ne pouvais pas ! Parce que ça aurait été dramatique et que tu aurais trouvé ça gênant. Ça m'a frustré, ça m'a horrifié et j'ai eu le sentiment de te lâcher. C'était horrible. Alors je me suis dis qu'il suffisait de leur dire. Que c'était simple. Je n'ai pas pensé que tu pouvais être contre. Je voulais qu'on soit libre d'être qui l'on est vraiment sans avoir à se retenir.
Il reprit une grande inspiration après sa longue tirade au débit trop rapide, et il se rapprocha pour chercher un peu de réconfort. Richie lui prit lentement les mains.
- Je suis désolé, dit-il d'un air grave. Mais...ça fait parti des contraintes de sortir avec un homme.
Il détourna vivement les yeux, assaillit de pensées négatives. Ce n'était pas une remise en cause facile de leur couple, il aurait préféré ne pas aborder le sujet.
- Je comprends que ce soit pas évident pour toi et que tu en ais marre. C'est chiant...
Resserrant son étreinte sur ses doigts, il se mordilla la lèvre inférieure, réfléchissant à la meilleure façon de tourner le fond du problème qui le tourmentait :
- Je ne veux pas que tu te sentes pris au piège, mais c'est la réalité. Si tu n'es pas...si tu n'es pas okay avec ça, on pourra pas continuer. C'est une impasse...
Ça lui nouait l'estomac de l'admettre mais il ne voulait pas qu'Eddie lui reproche de ne pas avoir été honnête.
Eddie prononça son prénom, son vrai prénom, et il fit la grimace en se rapprochant, pour ensuite prendre son visage entre ses mains.
- Tu parles de notre relation comme d'un piège, mais je ne me suis jamais senti plus libre que depuis qu'on est ensemble, admit-il. Tu n'imagines pas...le bien que ça me fait...d'être là, à tes côtés, chaque jour.
Il lui retira délicatement ses lunettes et s'agenouilla sur le lit entre ses jambes pour être à son niveau.
- La vie est faite de compromis, c'est au moins quelque chose que j'ai appris. Je ne voulais pas te mettre dos au mur. C'est juste que...
Il déglutit. Le stress lui compressait la poitrine mais il prit de profondes inspirations.
Richie savait pourquoi et il lui caressa le dos pour l'encourager, sans l'interrompre.
Lorsqu'Eddie eut recouvré son calme, il poursuivit, la voix teintée d'émotion :
- Je n'imagine pas ma vie sans toi désormais. J'ai déjà failli te perdre, je t'ai choisi toi, et je sais que c'est irrévocable. Alors je sais que c'est égoïste mais j'ai pensé qu'on ne pourrait pas le cacher. Et je voulais pas qu'ils l'apprennent par hasard ou...
Il baissa les yeux :
- Je voulais être celui qui le leurs dirait. Parce que je suis fier, tellement fier d'être avec toi.
Ils se fixèrent un instant en silence car Richie ne savait pas quoi dire. La confession était étonnamment vulnérable de la part d'Eddie, mais après tout, d'eux deux, il était celui qui n'avait pas peur de ce qu'il ressentait.
Cela ne l'empêchait pas d'être embarrassé, et il rompit le contact visuel pour déposer un baiser sur le front de Richie, les paumes sur ses tempes. Richie embrassa la naissance de sa gorge en retour et Eddie se recula pour le regarder à nouveau.
- Je ne sais pas quoi faire avec toi, Eddie Kaspbrak, déclara Richie.
- Fais...ce que tu as envie, pour ne rien changer ?, proposa Eddie, le rouge lui montant aux pommettes en dépit de son expression qu'il forçait à rester neutre.
Les mains de Richie descendirent dans son dos et glissèrent sur ses hanches. Richie adorait combien Eddie était mince, parce que ses mains paraissaient immenses sur sa taille, parce que ça lui donnait un aspect fragile en dépit de sa très forte personnalité, et parce que tout simplement sentir ses os sous ses doigts lui faisait dresser les poils sur les bras. C'était sexy, et Richie glissa ses mains sous la chemise d'Eddie pour caresser le contour de ses côtes.
- Faire ce que je veux ? Tu es sûr Eds ? Tu pourrais le regretter, souffla-t-il dans son cou, le visage brûlant.
Il craignait qu'Eddie n'ait pas réalisé que ses mots avaient attisé le feu qu'il tentait de réguler depuis le début de leur relation. Ignorait-il l'effet qu'il lui faisait ?
Le corps svelte d'Eddie se pressa contre lui.
- Je ne suis pas naïf Richie, murmura Eddie contre son oreille, la voix basse et chaude.
Il déposa un bisou sur la pointe de son oreille, le nez dans ses cheveux, puis il ajouta :
- Tu n'es plus fâché ? Parce que je ne veux pas noyer le poisson, mais j'ai très envie de toi, là, maintenant...
Le ventre de Richie eut un sursaut et il sentit son sexe tressaillir dans son pantalon. Il se sentait terriblement prévisible mais Eddie savait sur quels boutons appuyer.
Visiblement, il avait parfaitement conscience de son pouvoir sur ses sens.
- Jusqu'où je peux aller ?, chuchota Richie en relevant la tête.
Eddie le guida à nouveau avec ses mains autour de son visage pour capter ses lèvres. Ils s'embrassèrent puis Eddie répondit doucement :
- Aussi loin que tu veux aller. Je...je me suis préparé avant de venir.
Son embarras était clair, pourtant, cette fois, il ne détourna pas le regard.
- Comment ça "préparé" ?
Eddie grimaça en levant les yeux au ciel, ce qui fit sourire Richie. Il commença à déboutonner la chemise d'Eddie tandis que ce dernier rechignait à préciser sa pensée :
- Tu sais très bien de quoi je parle.
- Non je ne sais pas, susurra Richie pour le taquiner, tout en écartant les pans de sa chemise pour embrasser son torse.
Eddie gémit sourdement en enlaçant son cou, les mains dans la masse épaisse de ses cheveux.
Richie se mit à haleter contre sa peau, de plus en plus fiévreux. La peau d'Eddie était une de ses addictions préférées, il aimait la toucher en se rappelant combien il avait rêvé pouvoir le faire, combien à une époque, lui prendre seulement la main suffisait à la mettre dans tous ses états.
Eddie le renversa sur le lit et se redressa au-dessus de lui pour enfin parler :
- Je voulais d'abord essayer tout seul.
Richie déglutit. Ils n'avaient pas mis de mots sur ce qu'Eddie entendait par "préparation", mais il avait une vague idée.
Il lui toucha les coudes :
- Pourquoi, bébé ? T'étais gêné ?
- Je voulais savoir si...si j'aimais ça ou pas, grogna Eddie.
Richie fronça les sourcils, tracassé par le manque de confiance que cela exprimait :
- Si on en avait discuté, je t'aurais dis que ça avait pas d'importance. Si ça te plaisait pas, on aurait trouvé autre chose. J'aurais simplement...
- Je sais !, le coupa Eddie. Mais je voulais voir si j'en étais capable et je...je voulais expérimenter, okay ?
- On aurait pu expérimenter ensemble..., insista Richie.
- Toi, tu as déjà expérimenté, marmonna Eddie, le front plissé et la mine butée.
- Pas ma faute si je suis un sex-symbol, que veux-tu ?, le vanna Richie.
En voyant combien Eddie semblait dépité par ses paroles, il le prit dans ses bras pour le serrer contre lui.
- Mais maintenant, je suis ton sex-symbol, donc évidemment que je veux être là pour t'enfoncer des trucs dans le c..
- Richie !, s'indigna Eddie en blottissant son visage contre son cou.
L'interpellé ricana mais il lui caressa la nuque avec tendresse.
- Tu m'as privé des meilleurs moments, alors je me venge.
Quelque chose se faufila contre son ventre et empoigna gentiment son érection à travers son pantalon.
- Les meilleurs moments ? Ils n'ont même pas commencé, chuchota Eddie, qui n'avait décidément pas perdu le nord.
- Oh, Eduardo, tu sais définitivement comment parler aux hommes, souffla Richie en tâtonnant vers la table de chevet pour éteindre la lumière.
C'était seulement en étreignant fiévreusement le corps nu d'Eddie Kaspbrak contre le sien que Richie comprit enfin pourquoi sa vie en quittant Derry était devenu une fade succession d'échecs sentimentaux et de frustration sexuelle.
Rien ne pouvait égaler, ou même effleurer le sentiment d'accomplissement qu'il avait en étant avec Eddie. Personne ne pouvait remplacer Eddie, et même lorsque sa mémoire avait oublié ce dernier, quelque chose en lui s'en souvenait malgré tout, ruinant toute possibilité de construire une relation avec qui que ce soit.
Si ce n'était pas avec Eddie, ça ne marchait pas, et le comprendre après quarante ans d'errance affective, en pleine partie de jambes en l'air, c'était un peu beaucoup pour lui.
Il donna un coup de rein instinctif et Eddie roula des hanches sous lui en gémissant, ce que Richie trouva incroyable - comme à peu près tout ce qu'Eddie faisait, en vérité. Il était tellement amoureux de cet homme qu'il pourrait embrasser le sol sur lequel il marchait.
Il s'allongea sur son amant pour l'embrasser, bougeant doucement contre lui pour s'enfoncer un peu plus dans la chaleur étroite et humide de son cul. Les jambes d'Eddie se nouèrent autour de sa taille, ses bras autour de son dos, et Richie se sentit sur le point d'éclater en mille morceaux.
Il était loin d'être puceau, mais JAMAIS le sexe n'avait été aussi bon. Il n'avait jamais ressenti une telle connexion, un tel besoin de l'autre. Besoin de se fondre à l'intérieur, besoin de le faire gémir, comme si chaque manifestation de plaisir lui permettait enfin de respirer. Si ce n'était pas bon pour Eddie, si c'était inconfortable et douloureux, Richie ne pensait pas qu'il pourrait être excité : c'était la satisfaction de son amant qui le mettait sur le fil du rasoir, plus que la mécanique du corps, qui lui était somme toute assez familière.
Le fait que ce soit Eddie changeait bien entendu la donne. Aucun homme ne lui avait donné ce que Eddie lui offrait, et pourtant, objectivement, Richie avait couché avec des gens sexy, dotés de plus d'expérience, mais...Eddie.
Simplement Eddie. Ce n'était pas du sexe, ils n'étaient pas juste en train de baiser après quelques vannes échangées autour d'un verre, ils n'étaient pas des inconnus qui cherchaient de la compagnie pour réchauffer un lit trop froid, noyer la solitude le temps d'une soirée.
Ils se connaissaient depuis longtemps, intimement, ils vivaient ensemble, ils avaient affronté l'horreur et la mort, et ils faisaient l'amour, ce qui était une preuve de plus qu'ils étaient fait l'un pour l'autre et qu'ils ne voulaient pas être séparés.
Richie en vînt à réaliser que ce qu'il voyait comme vie avec Eddie, c'était comme d'être mariés. Se lever chaque matin avec lui à ses côtés, rire de tout, même du pire, vieillir, toujours ensemble, et s'aimer toujours aussi intensément, même quand ils seront moches et ridés - bien qu'il n'arrive pas bien à envisager comment Eddie pourrait devenir moche à ses yeux, mais c'était sans doute ce que les gens voulaient dire quand ils disaient que l'amour rend aveugle.
La pression dans son bas-ventre se fit plus forte et il mordilla dans le cou de son partenaire pour étouffer un grognement. Ce dernier appela son nom, la voix haletante, ses doigts s'enfonçant dans ses omoplates, et la main de Richie accéléra ses mouvements sur sa queue, pressé de le voir jouir, parce qu'il savait que c'était le seul moyen pour lui d'atteindre aussi l'orgasme, sentir Eddie Kaspbrak exploser dans sa main, son corps vibrer comme une automobile au démarrage, ses cuisses se tendre sur sa taille, ses couinements...
- T'aime, murmura Richie en l'embrassant sur l'oreille. Eddie...Eddie....mon...Eds...ah !
Il l'entendit pousser un râle, sentit le tressautement de son ventre contre le sien, le frisson dans sa verge, et le sperme poisseux jaillir sur ses doigts. C'était trop bon de le sentir serrer, trembler.
Un des meilleurs spectacles, loin devant ses one-man shows, si on demandait l'avis de Richie.
Il continua de balancer des reins, lentement mais profondément, et il se laissa aller dans le préservatif en tenant Eddie tout contre lui. L'émotion était si puissante qu'il avait peur que sa poitrine explose comme le mec dans le premier Alien.
- Eddie, marmonna-t-il, les lèvres engourdies par les baisers.
L'interpellé ne lui laissa guère l'occasion de poursuivre et l'embrassa à nouveau.
- C'était meilleur qu'avec ta mère, débita Richie entre deux baisers, incapable de se laisser attendrir trop longtemps sans prendre le risque de laisser échapper des paroles qu'ils regretterait.
- Crétin, souffla Eddie en prenant son visage entre ses mains. Crétin fini.
- Fini, ouais, ça tu peux le dire. Tu m'as totalement fini, chuis à sec, les couilles ratatinées comme des pru...
- Tu t'arrêtes vraiment jamais, hein ?, le coupa Eddie en emmêlant leurs jambes.
Richie sentit un nœud lui monter à la gorge. Les mots sortirent tous seuls avant qu'il ait pu les retenir :
- Si tu m'épouses, je te promets de ne jamais m'arrêter.
Les yeux d'Eddie s'ouvrirent comme des soucoupes et aussitôt, la panique envahit Richie telle une inondation un soir d'orage.
- En tout cas, c'est ce que j'ai dis à ta mère, mais elle a pas voulu, ajouta-t-il à toute allure, nerveusement.
Il gloussa en fermant les paupières pour ne pas voir la réaction d'Eddie, ne surtout pas savoir s'il était déçu, énervé, ou dégoûté. Il voulait faire illusion encore un peu plus longtemps, ne pas montrer à quel point il était désespéré, même après presque un an de vie commune, à quel point il était accroc, à quel point il en voulait toujours plus, malgré la chance qu'il avait déjà de l'avoir dans son lit.
La main d'Eddie se posa sur sa joue et il s'interrompit brusquement, un sanglot menaçant de sortir.
Il le voulait. C'était sincère, pourtant il n'arrivait pas à l'exprimer. C'était plus facile de faire des blagues absurdes que de dévoiler ses véritables insécurités, celle de ne pas être à la hauteur et d'être rejeté. Il s'était tellement préparé dans sa vie à ne jamais être accepté, et alors qu'il avait obtenu ce qu'il voulait, il ressentait le besoin d'en réclamer plus.
Il était égoïste et il en était trop conscient.
- Hey..., chuchota doucement la voix d'Eddie.
Il voulait sans doute qu'il ouvre les yeux. Cependant, Richie n'était pas prêt à affronter la discussion qui allait suivre.
- Non, souffla-t-il. Je suis endormi. Revenez plus tard. Mon petit-ami m'a épuisé, j'ai besoin de repos post-coïtal.
- C'est important, répondit Eddie.
Richie fit la moue et ouvrit les paupières. Son regard rencontra celui de son amant, et ce n'était peut-être que son imagination mais il eut l'impression que son cœur se mettait à battre plus vite en plongeant dans les yeux sombres d'Eddie.
- J'aimerais ça, dit ce dernier.
- Quoi ?, croassa Richie, désemparé.
- Que tu ne t'arrêtes pas, murmura Eddie.
Richie déglutit et se rapprocha un peu plus :
- Tu veux dire...
- Que je veux rester avec toi. Si tu es d'accord, balbutia Eddie avant de pincer les lèvres, stressé.
- Je savais pas que ma bite te ferait un tel effet, Eduardo, se moqua Richie.
Il ricana en voyant la mine déconfite d'Eddie, alors que son propre cœur lui tombait dans les chaussettes, alors il ajouta plus bas, sérieusement :
- Rester avec moi...tu as réfléchis ? On est ensemble que depuis un an, c'est court. Tu peux rester autant que tu le souhaites sans te sentir obligé de...
Il s'étrangla, recroquevillant ses épaules. Lui-même ne croyais pas en ce qu'il disait : il aurait préféré dire à Eddie de l'épouser sur le champs. C'était toujours comme ça, il allait toujours contre son propre intérêt pour préserver les apparences. Et ça lui faisait mal.
Mais c'était pour Eddie. Il ne voulait pas que ce dernier s'emprisonne dans une promesse qu'il se croit obligé de tenir.
- C'est...je suis sûr de ça !, s'exclama Eddie avec conviction. Richie, je suis sérieux : je ne peux pas te dire à quel point...nous deux, c'est différent de tout ce que j'ai connu. Je sais qui tu es, je connais tes défauts, et c'est pas comme si tu n'en avais pas...
- Merci beaucoup, grogna Richie.
- Mais ça n'a pas vraiment d'importance, parce que même ça, j'ai appris à les aimer, en quelque sorte. Et je sais que pour toi c'est pareil. Je n'ai pas besoin d'effacer qui je suis pour te plaire, et être avec toi me rend meilleur. Je...je ne veux pas perdre ça.
Eddie s'agita un peu, quitta son regard un instant avant de le fixer à nouveau, l'air décidé :
- Je veux que tu sois à moi.
- C'est déjà le cas, murmura Richie avant de cligner des paupières pour chasser un début de larmes.
- Non, je veux dire...que tout le monde le sache, que ça ne puisse pas être mis en doute. Je veux...
Il soupira :
- Je sais qu'avec ton travail, tu pourrais avoir des appréhensions. Je comprends...mais c'est toi qui en as parlé le premier, alors voilà mon opinion sur le sujet. Je me fiche de ce que l'on pourra bien penser, je veux que tout le monde sache à quel point je suis heureux d'être en couple avec Richard Tozier, l'homme qui me réconforte quand je fais des cauchemars et qui ne me laissera jamais tomber, même si j'étais attaqué par un monstre rampant sur 8 pattes.
- Arrête, on dirait presque que je suis un héros, rétorqua Richie, à la fois content et gêné.
- Parce que tu en es un, murmura Eddie en se pressant contre lui pour l'embrasser. Et je t'aime.
Richie voulut dire quelque chose, n'importe quoi de stupide et d'humoristique pour cacher son émotion au son de ces trois petits mots, mais son esprit était un grand blanc paisible au milieu duquel flottait la voix d'Eddie.
Il blottit son visage dans le cou de celui-ci et murmura :
- Tu veux m'épouser ?
Avec un nouveau baiser sur la tempe, Eddie chuchota sur le même ton :
- Je ne suis pas opposé ?
Le corps de Richie trembla dans ses bras quand celui-ci se mit à rire et à pleurer en même temps.
- Je t'aime aussi, hoqueta Richie entre deux reniflements. Je t'aime tellement que...
Eddie lui caressa le front et Richie releva les yeux, les paupières rougies, un hématome se formant sur sa mâchoire, le sourire aux lèvres :
- Je pourrais bien arrêter de penser à ta mère.
- OH Seigneur !, s'écria Eddie en levant les yeux au ciel, un éclat de rire roulant dans sa poitrine.