Ça (film) - Kiss by surprise (3/5)
May. 22nd, 2020 01:33 amFeral!Eddie is the best. J'aime tellement la caractérisation du personnage dans les films, il est tellement FOU FURIEUX. Et c'est pour ça qu'il va si bien avec Richie. Richie à côté, c'est une infusion de camomille. Donc j'ai jamais lu ça nulle part ailleurs, mais voici le Eddie le plus FEROCE que vous ayez jamais vu. Promis.
Le chapitre précédent, c'était ici
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L'avion s'envola de Los Angeles à l'heure prévue et arriva à New York au beau milieu de la nuit sans la moindre escale. Richie était épuisé quand il débarqua, malgré qu'il ait un peu dormi durant le vol.
Dans l'exaltation du moment, quand il avait pris la décision de partir, il avait pensé aller directement chez Eddie, peu importe l'heure, mais après réflexion, c'était sans doute la pire idée du siècle et il s'était rendu, ivre de fatigue, à l'hôtel où Steve avait réservé pour lui afin de piquer un somme.
Pourtant, une fois allongé sur le lit, le regard collé au plafond, il songeait à Myra Kaspbrak. Il savait par avance qu'elle lui ferait obstacle et il ignorait si Eddie allait accepter de le voir. Richie avait déjà vu Eddie s'imposer auprès de Myra, s'il lui disait qu'il voulait parler à Richie, celle-ci finirait par s'écarter, mais pour cela il fallait qu'Eddie ait envie de le rencontrer, et maintenant qu'il était si proche du but, il doutait.
Il sentait les larmes lui monter aux yeux, et au lieu de sanglotter dans son oreiller comme une collégienne en mal d'amour ? il s'empara de son téléphone et tapa sur le clavier tactile le mot Pardon – même pas proposé par le suggestion automatique de son smartphone – qu'il envoya avant de trop y réfléchir et de faire machine arrière.
Lèvres pincées, il attendit. Finalement, il ouvrit Twitter dans l'intention d'écrire quelque chose à ce sujet, lorsque son téléphone vibra, lui échappant des mains.
Les doigts tremblants, il le récupéra et ouvrit avec impatience et appréhension le message reçu.
« Okay » disait simplement Eddie dedans.
Richie ravala la boule qui se formait dans sa gorge. Eddie ne se serait pas forcé à répondre, c'était plutôt bon signe...mais juste Okay ? Ça voulait dire quoi ? Ça donnait l'impression qu'il était encore fâché. C'était idiot, il n'aurait jamais dû envoyer ça. Qui demandait pardon de cette façon ?
Non, bien sûr, il devait le faire en personne.
Il ferma les yeux, pour reposer ses paupières, le téléphone toujours dans sa main, posé sur son flanc.
Et lorsqu'il se réveilla, il avait oublié comment il s'était endormi, et, désorienté, l'oeil encore ensommeillé, il se traîna jusqu'à la salle de bain de la chambre pour se brosser les dents. Il savait qu'il devait voir Eddie, il s'en souvenait, mais il n'y avait plus d'urgence. Ce n'était pas qu'il se sentait forcément mieux, mais il avait laissé son angoisse à Los Angeles, à présent, l'idée d'être si proche d'Eddie, géographiquement, lui donnait l'impression que tout était possible.
Il prit son porte-feuille et descendit, avec l'intention de s'acheter un bagel, lorsqu'il se rappela avoir abandonné son téléphone dans son lit. Il remonta en quatrième vitesse, le récupéra, et c'est alors qu'il remarqua enfin les notifications d'appels et de sms sur son écran de garde. Son cœur eut un sursaut et il s'empressa de déverouiller le portable pour voir de qui il s'agissait.
A sa plus grande joie – ses espoirs n'étaient pas déçus – il s'agissait bien d'Eddie. Trois appels en absence dans la matinée – pendant laquelle Richie avait dormi jusqu'à 11h, son score habituel lorsqu'il ne mettait pas son réveil – et deux nouveaux textos.
Il relu l'échange monosyllabique de la veille et sentit une bouffée d'air chaud lui embraser les joues en voyant le pavé écrit en dessous :
« Comme tu ne réponds pas au téléphone, je vais écrire ça ici (note : je déteste taper de longs messages au clavier tactile et c'est entièrement ta faute si j'y suis obligé !!) (d'ailleurs pourquoi tu ne réponds pas, j'ai vérifié l'heure à LA, tu es sensé être debout à cette heure-là !). D'abord tu me gueules dessus au téléphone, puis UNE SEMAINE APRÈS tu m'envoies ce message à une heure indue !! (YA LE DÉCALAGE HORAIRE DUCON !!) et ensuite tu ignores mes appels. Je suis en convalescence je te rappelle, j'ai été transpercé par un monstre en te sauvant les miches !!! Tu pourrais au moins répondre ! T'es un vrai crétin. Je sais pas pourquoi je m'obstine. Tu me mérites pas. »
Et le deuxième message, envoyé quelques minutes à peine après le précédent, disait « Mais que ça ne t'empêche pas de me rappeler, trouduc !!! ».
En lisant ceci, Richie ne savait pas s'il avait honte de s'être mis dans un état de détresse extrême pour ce qu'Eddie semblait définitivement considérer comme une simple dispute, ou s'il était mortellement amusé par cette pluie de points d'exclamations et de majuscules sans même une trace de smileys, comme si Eddie considérait les smileys comme une insulte à son statut d'adulte mécontent, même le smiley rouge en colère qui aurait pourtant parfaitement justifié sa place dans ce message dythirambique – et il pouvait presque entendre la voix hystérique d'Eddie à travers les mots écrits, comme s'il avait déjà tellement l'habitude de se faire enguirlander par lui qu'il avait enregistré sa façon de parler dans ces cas-là, son débit, son intonnation, tout jusqu'au moindre souffle, la moindre halte pour reprendre sa respiration haletante d'avoir déroulé tout son laïus sans s'interrompre une seule fois de peur que Richie ne le coupe dans son élan. Et ça rendait Richie encore plus nostalgique, encore plus pressé de le voir.
C'était maintenant évident qu'Eddie était toujours en colère, mais ça ne gênait plus autant Richie qu'avant son départ, parce que malgré sa rancoeur, Eddie était venu vers lui, il avait fait la démarche de lui envoyer ces messages pour tenter de reprendre contact, et ainsi cela ne pouvait vouloir dire qu'une chose : Eddie voulait lui parler. Les inquiétudes qu'il nourrissait encore fiévreusement la veille à ce sujet était dorénavant nulles et non avenues, tout comme son sentiment de solitude et d'abandon.
Avec un petit sourire satisfait, il glissa le smarphone dans la poche de sa veste avant de partir chasser son petit-déjeuner – et peut-être se renseigner sur où prendre un taxi pour se rendre dans le Queens.
Le taxi dans lequel Richie fit le trajet jusqu'à la maison d'Eddie sentait le café et le chaud, il s'y sentait étrangement bien. Le chauffeur était un noir souriant et aimable dont Richie essayait à tout prix de deviner l'accent bien que celui-ci ait proposer de le lui dire – mais c'était le mystère qui était réellement amusant. Il y avait une petite tortue verte qui pendouillait de son rétroviseur intérieur et la radio diffusait un vieux hit des années 80 que Richie se souvenait avoir écouté en boucle quand il était gamin.
Il se faisait l'impression d'être une pile électrique. Il n'arrêtait pas de s'agiter sur son siège, comme parcourut de micro-décharges, avec le besoin quasi incontrôlable de bondir sur quelque chose – ce qu'il avait fait, du moins mentalement, sur l'accent du conducteur. Son estomac faisait des nœuds complexes dans son ventre et il essayait de ne pas imaginer comment Eddie allait recevoir la surprise de sa venue. Il n'avait ni appelé, ni répondu à ses messages. C'était sûr qu'Eddie allait être fâché, mais Richie espérait que son arrivée ferait tout disparaître d'un coup de baguette magique.
Il avait traversé le pays pour le rejoindre, il pourrait au moins lui pardonner son bref éclat au téléphone.
Sauf que s'il avait voyagé, il ne s'en rendait compte que maintenant, ce n'était pas seulement pour s'excuser d'avoir été un con.
Plus ils se rapprochaient de leur destination, plus Richie savait qu'il allait devoir le dire à Eddie.
C'était suspendu au-dessus de sa tête depuis leurs retrouvailles à Derry et il s'était contenu ce long mois à l'hôpital.
Il n'était pas bon pour garder les secrets, mais c'était le seul secret qu'il n'avait jamais révélé à personne, c'était précieux et c'était à lui, il avait peur de ce que ça deviendrait s'il le confiait à quelqu'un d'autre.
Pourtant, il avait confiance en Eddie, il pouvait le lui dire. De toute façon, il n'avait plus d'autres choix.
C'était évident : depuis son retour, il était misérable, tout ce qui lui offrait autrefois du plaisir était devenu un peu dérisoire, un petit peu insipide. Il manquait de cette énergie électrique qu'il ressentait en présence d'Eddie, ce voltage haute tension qui le pourchassait jusque dans sa solitude, plus il y pensait et plus c'était clair qu'il ne pourrait pas y échapper.
S'il voulait passer à autre chose, s'il voulait reprendre sa vie, il devait couper la ligne. Il ne savait pas ce que ça ferait à leur relation – ça lui faisait peur – mais il ne pouvait pas continuer d'attendre bêtement après quelque chose qui n'arriverait jamais – ses petits fantasmes au milieu de la nuit, Eddie l'appelant pour lui annoncer qu'il quitte sa femme pour venir s'installer à L.A, qu'il l'a toujours aimé et qu'il vient juste de s'en rendre compte. C'était tellement embarrassant une fois le jour levé.
Il ne pouvait plus attendre. C'était inutilement douloureux et ça nourrissait davantage des pensées qu'il n'aimait pas, des pensées qu'il avait longtemps repoussé sans parvenir à les gérer – tu es un minable, personne ne voudra jamais de toi, personne ne t'aime, tu mourras seul.
Il voulait commencer à régler ses problèmes. C'était la première fois de sa vie qu'il avait réellement envie de changer. Cela allait lui demander des efforts, et il n'était pas très doué avec le concept, mais après avoir combattu la créature des égouts puants de Derry, peut-être que ça valait le coup finalement de vivre une vie plus heureuse. Il avait toujours cru au fond de lui qu'il ne le méritait pas, mais si après avoir vaincu cette saloperie, il le pensait toujours, c'était le signe que quelque chose n'allait pas dans sa tête et qu'il fallait y remédier.
Il pouvait le faire. Et pour cela, lâcher un peu de lest.
Il avait peur de lâcher cette partie de lui. Ce sentiment, même quand ses souvenirs n'étaient plus là, il le portait depuis si longtemps en lui, comme on traîne un boulet derrière soi. Il voulait s'en libérer. Les conséquences en seront peut-être dramatiques, il n'en savait rien – ça l'effrayait – mais il allait le faire, il savait qu'il va le faire, il était venu pour se crasher, pour exploser à l'atterrissage, il n'était pas là pour obtenir quelque chose, ni pour réussir.
Il était là pour enfin avancer.
« On est arrivé. », indiqua la chauffeur en se garant.
Richie sourit nerveusement. Il fit craquer ses doigts et tira quelques billets de son porte-feuille pour payer la course, puis, après une pichenette à la petite tortue - « Porte-moi chance » - il descendit de la voiture et contempla la maison d'Eddie.
C'était une bâtisse étroite, sur deux étages, coincée entre deux autres maisons. Elle était en briques foncées. Le porche était surélevé de quelques marches qui étaient entourées d'arbustes fleuris. Il y avait une fenêtre au rez-de-chaussée avec de jolis petits rideaux mauves en dentelles, pas du tout le genre que Richie associeraient avec Eddie – contrairement au SUV noir garé dans l'allée du garage, qui appartenait clairement à Eddie, Richie aurait pu parier sa main droite là-dessus. Il imaginait très bien Eddie dedans, à aboyer après les automobilistes par la fenêtre comme l'insupportable connard qu'il était – et qui fascinait Richie. Richie trouvait fascinant les gens qui n'étaient pas gentils. Il avait toujours eu une préférences pour les enfoirés, que ce soit dans les films ou dans la vraie vie – ce qui lui avait coûté quelques déboires.
Ce n'est pas qu'Eddie soit méchant, mais il ressemblait à Richie : il était auto-centré, excentrique, insensible et débordant de cette étrange énergie chaotique qui explosait toujours lorsqu'ils étaient ensemble.
Richie soupira en arrivant près de la porte : il était amoureux de ce type, il ne pouvait pas se mentir, c'était l'amour de sa vie. Trop bête que ce soit un homme marié et que Richie soit un désastre ambulant. Il ne trouverait jamais quelqu'un qui lui correspondait mieux qu'Eddie. C'était le pire miracle de son existence, d'avoir trouvé quelqu'un qui le complétait aussi efficacement, sans être capable de l'étreindre, sans réussir à l'avoir pour lui.
Il aurait fait n'importe quoi pour vivre ce genre de romance. Il n'était pas un romantique dans l'âme mais...Eddie Kaspbrak ? Passer ses journées à s'envoyer des noms d'oiseaux à la figure et la nuit à baiser ce petit fils de pute ? Richie aurait signé sa place en Enfer direct, sans même sourciller.
Il avait VRAIMENT quelque chose qui ne tournait pas rond. Il ferait mieux de mettre un terme à tout ça. Et engager un psychiatre.
« QU'EST-CE QUE TU FAIS ? » hurla la voix très reconnaissable de Myra tandis qu'on ouvrait une fenêtre à l'étage, juste au-dessus de Richie.
Ce dernier, le doigt sur la sonnette, arrêta son geste et leva le nez. Il ne voyait rien à cause de la marquise du porte mais il entendait Eddie vociférer par la fenêtre ouverte :
- J'EN AI MARRE DE CE TRUC ! Je veux que ça dégage !
- Remets-ça en place ! Ça a coûté une fortune !!
- ÇA SERT A RIEN J'EN AI PLEIN DE CUL DE CETTE MERDE !! ÇA SERT A RIEN !!
- EDWARD KASPBRAK, remets cet appareil en place ou je vais...
Soudain un appareil électronique de la taille d'un micro-onde jaillit de la fenêtre, effectua un arc de cercle parfait, et s'explosa avec grâce sur le trottoir. Richie en resta bouche bée.
- TU NE PEUX PAS TOUT CONTRÔLER MYRA !! J'EN AI MA CLAQUE DE CES CONNERIES !
- EDDIE !
- QUOI EDDIE ? Tu vas me dire que tu fais tout ça pour mon bien ? Je suis enfermé depuis 10 jours ! DIX PUTAIN DE JOURS !!
- Le médecin a dit...
- JE L'EMMERDE LE MÉDECIN ! Je REFUSE de continuer à vivre comme ça ! Je refuse de rester enfermé DANS MA PROPRE MAISON ! Tu n'es PAS ma mère !! TU NE PEUX PAS ME FORCER !
- Eddie ! Je me suis occupé de toi ! Je suis venue te chercher, j'ai toléré tes frasques, j'ai...
Richie sortit de sa transe et appuya longuement sur la sonnette, interrompant la dispute qui résonnait à l'étage. Un fou rire le saisit tout à coup et il s'appuya au linteau de la porte, la main sur la bouche dans l'espoir d'étouffer son rire. La situation était trop cocasse, on aurait dit un sketch. Il allait absolument falloir qu'il en parle lors de son prochain spectacle.
Soudain la porte d'entrée s'ouvrit et le rire de Richie s'étrangla dans sa gorge.
- Je vais ou..., commença Eddie en se figeant brusquement quand il apperçut Richie.
Les yeux de Richie s'éclairèrent en le voyant. La cicatrice de sa joue était déjà plus qu'une fine ligne en dessous de sa pommette et il avait l'air d'aller bien. Quoiqu'il puisse reprocher à Myra, elle avait fait en sorte qu'il se nourrisse et dorme convenablement.
- Richie ?, s'exclama Eddie, les yeux écarquillés de surprise.
Les mains larges de Richie jaillirent vers son visage et l'emprisonnèrent entre ses doigts. Il sourit et plaqua ses lèvres sur les siennes avec fougue.
- Eddie ! Attends, tu ne...
Myra s'arrêta au milieu de l'escalier, arrachée à sa vindicte par la vision de cet homme en train d'embrasser son mari.
- EDDIE !
Dans un sursaut, l'interpellé se détacha de Richie en clignant des paupières comme au sortir d'un rêve.
Ce dernier le fixa gravement en reculant, respectueusement, pour plonger ses mains dans ses poches comme s'il ne se faisait pas confiance de ne pas le toucher.
Eddie le contempla avec hébétude. Il se passa la paume sur la bouche, décontenancé, sans quitter Richie des yeux. Dans son dos, Myra continuait de l'appeler en descendant les marches avec une lenteur lourde mais empressée.
Eddie revînt à lui, fronça les sourcils et tourna le dos à Richie, l'espace de quelques secondes. Richie sentit son cœur tomber comme du plomb au fond de ses chaussures.
Mais Eddie retournait dans l'entrée seulement pour récupérer ses clefs de voiture dans la coupelle près de la porte. Tandis que Myra arrivait enfin en bas des marches en l'appelant, il prit Richie par le poignet et bondit à l'extérieur. Il se rua vers sa voiture, la déverouilla d'un clic et se mit au volant.
- EDDIE ! EDDIE !!!, rugit Myra en se précipitant à l'extérieur. Tu ne peux pas partir ! TU N'AS PAS LE DROIT !!
- VA TE FAIRE FOUTRE MYRA !, hurla Eddie par la fenêtre, débordant de rage.
Il lui adressa un doigt d'honneur en reculant, à travers le pare-brise. Elle décocha un coup de pied dans son pare-choc en lui hurlant de revenir ici tout de suite.
Richie se plia en deux de rire en voyant son faciès rougi, ses cheveux blonds partis en tous sens, et son rouge à lèvres débordant sur ses dents ; c'était une scène digne d'une mauvaise comédie des frères Farrelly, très années 90 avec ses expressions surjouées et ses vannes potaches.
Mais Richie avait toujours été bon public et ces comédies, c'était toute son adolescence. Tout son bagage culturel venait de là.
- Ta ceinture !, ordonna sèchement Eddie.
Richie se rendit compte qu'ils roulaient sur la route. Il se tourna vers Eddie en souriant.
- T'es un vrai dingue toi !, s'émerveilla-t-il.
Eddie fronça les sourcils encore plus fort que d'habitude, son front formant de petits plis qui commençaient de former des ridules avec l'âge.
- Alors...tu veux bien m'expliquer ce qui vient de se passer ?, grogna-t-il sans le regarder. Qu'est-ce que tu fiches ici d'abord ? Pourquoi tu ne m'as pas dis que tu venais ? Qu'est-ce...qu'est-ce que c'était que...
A nouveau, il se passa la paume sur la bouche, l'air troublé.
- Oh..., fit seulement Richie, son hilarité devenue comme un vieux souvenir.
Il posa son front contre la vitre de sa portière. Ce n'était pas agréable car elle vibrait.
- Je t'aime, c'est tout.
Il craignit d'avoir parlé trop bas, car Eddie ne dit rien. Pourtant, après de longues et agonisantes minutes où Richie débattait de s'il devait le redire ou non, Eddie jura :
- Putain !
Richie fit de la buée sur la vitre et dessina un smiley triste.
- Putain, répéta Eddie plus bas, comme s'il avait du mal à intégrer ce que Richie venait d'admettre.
- Je sais, souffla Richie. C'est drôle non ? Qui aurait pu imaginer ça ? Richie Tozier la grande gueule, transi d'amour pour le petit hypocondriaque de son cœur. La bonne blague.
- Merde Richie, siffla Eddie en tournant la tête pour le regarder sévèrement. Je ne suis pas petit. On a déjà parlé de ça.
- T'es petit dans mon cœur Eddie Spaghetti, répliqua Richie en lui souriant, incapable de se retenir.
- Enfoiré. J'arrive pas à y croire...
Richie se lécha les lèvres pour les humecter. C'était moins dramatique qu'il se l'était imaginé. Eddie prenait ça plutôt bien au final. Il avait eu tort de s'inquiéter.
- Tu vas faire quoi maintenant ?, demanda-t-il.
- Tu viens de m'annoncer que tu...que tu...
- Que je t'aime...
- Oui, ça. Et tu veux savoir ce que je vais faire ?
- En fait, corrigea calmement Richie en s'enfonçant dans son siège, je parlais plutôt de ta femme. Elle a l'air furax, genre rhinocéros furax. Ça m'étonnerait qu'elle te laisse dormir dans votre lit ce soir.
- On fait chambre à part depuis qu'on a la maison, marmonna Eddie. Et j'ai pas l'intention d'y retourner de toute façon.
- Alors tu vas faire quoi ? Demander le divorce ?, gloussa Richie en serrant ses mains entre ses cuisses.
- J'en sais rien !, gronda Eddie en lui envoyant un regard noir. C'était pas vraiment prévu. Seulement, c'était tellement...tu sais pas comment c'était Richie. J'ai essayé. Je pensais qu'après ce que j'avais vécu, c'était normal que...
- Que tu veuilles une grosse voiture ?, suggéra Richie avec un sourire. Parce que putain, ce truc est énorme, on se croirait dans un camion ! Tu sais que si j'étais pas aussi bien élevé, je ferais des blagues sur ta façon de compenser ? Parce que la taille de cette bagnole, j'te jure...
- La ferme !, le coupa Eddie en grinçant des dents. Je pensais que c'était normal que je ressente un décalage avec ma vie d'avant. Alors j'ai voulu lui trouver des excuses. Quand on s'est parlé au téléphone, et que tu...que tu m'as renvoyé ça dans la figure...j'ai compris qu'en fait, c'était à moi que je cherchais des excuses. Pour ne rien changer, rester comme ça, enfermé. Me laisser lentement envahir, submerger, jusqu'à ce qu'il n'existe plus rien de moi à part...à part ce sentiment d'échec profond, cette...insatisfaction dans tout ce que j'entreprends.
Au tour sérieux que prenait la conversation, Richie se redressa contre le dossier de son siège et pressa les lèvres en ligne. Il observa pensivement Eddie, pressé de l'interrompre mais trop respectueux pour ça : il savait que c'était important pour Eddie de parler, il ne voulait pas le couper dans son élan.
- J'en peux plus, gémit Eddie en resserrant ces doigts sur le volant jusqu'à ce que ses jointures virent au blanc. J'en peux plus de faire comme si j'étais quelqu'un d'autre, j'en ai marre de prendre ce qu'on me donne sans espérer plus, je veux plus être ce que les autres attendent de moi et je veux être moi-même, pour changer. Je veux changer. Drastiquement.
Troublé, Richie déglutit. Ça ressemblait trop à ce qu'il vivait pour le mettre à l'aise. Il choisit de plaisanter :
- A t'entendre on dirait un mec qui fait sa crise de la quarantaine.
- Je m'en fous, grogna Eddie. Pense ce que tu veux. C'est quoi ton hôtel ?
- Hein ?
- Ton hôtel, répéta Eddie. Il faut bien qu'on aille quelque part alors...allons à ton hôtel.
Richie cligna des yeux avant de sortir son portable.
- Ah heu, attends, je te donne l'adresse.
Il coula un regard en coin à Eddie, et peut-être était-ce son imagination mais Eddie avait un peu rougi.
J'avais dis quoi ? Ah oui, que je voulais pas qu'Eddie jette Myra comme une serpillière...
Bon, quelque part, j'ai réussi. Je veux dire, personne ne jette une serpillière de façon aussi violente...XD et elle lui rend bien (pauvre petit pare-choc qui n'avait rien demandé à personne)
Cette fic n'était vraiment pas censée être aussi longue, mais je pense que le dernier chapitre sera le dernier. Et ce sera ce chapitre qui justifie le rating, attention :D