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[personal profile] andysss
Titre : Comme une feuille morte
Fandom : Amnesia The Dark Descent
Genres : Angst, gore, aliénation mentale
Personnages : Daniel(, Alexander de Brennenburg), une victime
Rating : NC-17 (présence de torture et folie)
Nombre de mots : 978
Commentaires de l'auteur : écrit pour le thème "des choses qui craquent" dee [livejournal.com profile] 31_jours. Quoi, vous n'avez jamais joué à Amnesia ? Comment ça se fait ?
.
L'endroit était sordide. Les murs en pierres grises, dures et grossièrement taillées donnait un aspect inhospitalier à cette pièce en sous-sol ; par ailleurs, il suintait l'humidité et l'atmosphère y était glacial, avec un relent de moisissures et de choses mortes qui embaumait littéralement chaque recoin.
L'éclairage à la bougie apportait une faible lumière, à peine assez pour y voir ; les flammes mouvantes donnaient aux visages des masques inquiétants parmi les jeux d'ombres.
Daniel travaillait dans cette ambiance mortifère, la sueur au front, les yeux écarquillés pour percer l'obscurité relative. D'une voix douce, il chantonnait une mélodie entraînante, enchaînant des paroles sans queue ni tête. Cependant, sa chansonnette était couverte par les hurlements de sa victime qui se tortillait sur la table d'opération, luttant avec les liens qui la retenaient par les chevilles et les poignets. Elle n'avait plus rien d'humain et se contentait de vagir comme un animal à l'agonie. Son corps était encore en bon état, malgré tout, et Daniel espérait que la séance dure encore un certain temps. Il n'avait pas fini sa tâche.
Des entrelacs et des arabesques aléatoires ornaient la poitrine de son cobaye ; ce dernier poussait de véritablement barrissement lorsque son bourreau abaissait son couteau aiguisé, pour exercer son art à même la chair. C'était très désagréable, mais il s'agissait des inconvénients de son travail. Hélas, nul ne pouvait le faire à sa place.
Autrefois, Daniel n'avait pas une conception aussi affirmée de la chose ; il avait des doutes concernant la validité de la méthode, et son exécution lui était pénible, de par sa barbarie. A cette époque, son esprit lucide lui criait qu'il ne sauverait personne en accomplissant une tâche aussi ignominieuse.
Mais Alexander l'avait remis dans le droit chemin. Il lui avait longuement expliqué qu'il ne devait pas se sentir coupable : ces gens étaient des criminels de la pire espèce, ils méritaient ce qu'ils leurs arrivaient, et, en outre, lui, Daniel, ne méritait-il pas d'avoir la vie sauve ? En comparaison, que signifiait la torture de quelques coupable, si un homme vertueux, un homme bon de sa trempe, pouvait sans sortir ? Il n'était coupable d'aucun méfait, et seul un sort funeste l'avait conduit à de telles extrémités. On ne lui avait pas donné le choix.
Alexander avait promis qu'il en prenait l'entière responsabilité. Et Daniel s'était laissé convaincre, car l'Ombre se rapprochait, et il la craignait plus que tout au monde, et bien plus que le châtiment divin.
Néanmoins, les victimes pleuraient, suppliaient, juraient leur innocence sur tout ce qu'il y avait de plus sacré. Il était difficile de résister aux suppliques. Elles paraissaient si sincères ! Même au pire de la souffrance, ils continuaient de nier les faits, et peu importe combien on se montrait cruel envers eux, ils ne s'arrêtaient qu'en mourant.
Au début, Daniel essayait de ne pas écouter, car cela le faisait hésiter ; pourtant, malgré cela, il poursuivait les tortures. L'obsession et la peur le hantait, l'obligeaient à se perfectionner dans l'élaboration de tortures plus raffinées, pour que tout cela ne soit pas vain, qu'ils puissent extraire ce dont ils avaient besoin pour chasser l'Ombre.
Les croyances de Daniel s'étiolaient tandis que le mal s'emparait progressivement de lui. Il n'avait plus besoin de se boucher les oreilles avec de la cire ; les cris et les prières ne le gênaient plus. Sa foi en Dieu n'était plus qu'un lointain souvenir, et ce en quoi il croyait se résumait à la souffrance et au pouvoir d'Alexander qui la maintenait à distance.
Le baron appuyait cette conviction chez Daniel, lui permettant de garder un équilibre précaire entre l'espérance de s'en sortir et le désespoir face à l'ampleur de la tâche. Doucement, la folie d'Alexander se communiquait à Daniel. Il ne voyait plus que l'objectif, et les moyens pour y arriver lui étaient indifférents. Seul sa mort approchant comptait.
S'il avait été honnête avec lui-même, il aurait été forcé d'admettre qu'il avait dû faire le choix de sacrifier sa conscience au profit de sa vie. Toutefois cela aurait revenu à admettre qu'il était devenu un monstre sans scrupules, et ça, il lui était impossible de le concevoir, car il aurait ainsi fallu remettre en question tout ce qu'Alexander avait dit. Et également sa promesse d'être capable de le sauver.
Croire aux mensonges étaient bien plus aisés. Daniel faisait ce qu'on lui demandait, et son mentor le félicitait pour ça. Il y avait une forme de satisfaction à se coucher le soir en ayant l'impression d'avoir avancé, même si la nuit il faisait d'horribles cauchemars. Au réveil, Alexander était toujours là pour le rassurer. Sa voix était une musique qui le berçait et l'empêchait de trop penser à ce qui arrivait, ce qu'ils faisaient ensemble.
Tout était pour le mieux.
Soudain, le corps cessa brutalement de tressauter et retomba sur la table dans un bruit sourd, tel un morceau de viande vide. Daniel sût qu'il n'extrairait plus rien de celui-ci. Le sang formait de longues rigoles qui, lorsqu'il retira sa lame, s'élancèrent follement sur la peau exsangue ; le fluide vital goutta sur le sol froid de la pièce, éclaboussant les bottes du meurtrier.
Ce dernier le remarqua en baissant les yeux, l'image du corps supplicié incrusté comme au fer rouge dans son cerveau ; il fixa le sol jusqu'à ce que l'image ne soit plus qu'une rémanence fugace sous ses paupières, quand il clignait des yeux.
Il ouvrit la bouche, peut-être pour parler, peut-être pour crier, provoquer une émotion quelconque.
Il se mit à rire. Daniel s'esclaffa si fort qu'il se plia en deux et couvrit son visage grimaçant de ses mains souillées de sang encore chaud.
Son esprit se fissurait tout doucement, soumis à un poids trop grand. Ce qui faisait de lui un être humain et pensant s'effritait, et il craquerait bientôt comme une feuille morte que l'on foule au pied.

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